La première escadre de la Home Fleet, commandée par l'amiral Stanley Colville, vient--après s'être rencontrée, à la fin du mois dernier, en vue des côtes grecques, avec la première escadre française--de faire un bref séjour, du 13 au 16 décembre, dans les eaux de Toulon. Ce furent trois journées de fêtes, qui permirent aux marines des deux nations d'échanger les témoignages de la plus cordiale fraternité d'armes: elle eut maintes occasions de se manifester, soit aux réceptions organisées à bord du Collingwood, soit aux dîners offerts à nos hôtes par l'amiral Chocheprat à la préfecture maritime et par l'amiral Marin-Darbel sur le cuirassé Patrie. Nos photographies évoquent ici l'un des épisodes les plus réussis de ces fêtes. Le 15 décembre, dans la matinée, les états-majors et les équipages des navires anglais étaient invités par le Syndicat des Commerçants toulonnais à un vin d'honneur, qui fut servi dans le jardin de la ville, brillamment décoré pour la circonstance: après des toasts portés successivement par M. Hudelo, préfet du Var, et sir Francis Bertie, ambassadeur de la Grande-Bretagne, l'amiral Colville, en manière de remerciement pour l'accueil qui lui avait été fait, convia ses marins à pousser, en notre honneur, trois chaleureux hourras.


La cité du Héron, dans le quartier de l'Hôpital-Saint-Louis, où Perugia logea la Joconde, à Paris.--Phot. Matin

L'hôtel de Tripoli, où la Joconde séjourna, à Florence, avec son ravisseur. (La fenêtre de la chambre est marquée d'une croix.)

LA JOCONDE RETROUVÉE

Quelle ne fut pas la stupéfaction de Paris--bientôt partagée par le monde--quand, le 22 août 1911, on apprit, en ouvrant le Temps, que la Joconde, l'un des «deux miracles de la peinture», au dire de Saint-Victor, avait soudainement disparu, enlevée la veille, au matin, du Salon Carré du Louvre, dont elle était la perle radieuse, par un mystérieux ravisseur! Ce fut une émotion universelle. La foule, pour une fois, partagea le sentiment de l'élite. Des gens qui n'avaient jamais franchi le seuil du Musée eurent la vague conscience de la perte peut-être irréparable que venaient de faire l'Art et le patrimoine national.

Or la Joconde, au moment où l'on désespérait de jamais plus la revoir, vient d'être retrouvée à Florence, sa patrie même, sa ville natale, et la nouvelle de cette heureuse fortune n'apparut pas d'abord moins incroyable que celle du rapt ancien.

Au lendemain de ce troublant enlèvement, L'Illustration, bien sûre, en l'occurrence, d'être d'accord avec le sentiment public, et convaincue de seconder les voeux ardents que formaient tous ses lecteurs pour le retour à la cimaise désertée de l'inoubliable fugitive, faisait une offre dont elle pouvait escompter le succès.

«Comme il est à peu près certain, disait l'avis publié dans ses colonnes et reproduit dans la presse entière, que celui qui a commis le rapt n'en pourra tirer aucun avantage, on doit redouter qu'effrayé de l'émotion soulevée par son forfait, et dans la crainte d'être découvert, il ne détruise le frêle panneau de bois, L'Illustration espère empêcher un pareil crime par l'appât d'une somme importante et s'engage à verser: 10.000 francs à la personne dont les indications permettront de retrouver le détenteur du tableau ou l'endroit où il est recelé; 40.000 francs à la personne qui rapportera la Joconde à L'Illustration. Cet engagement est valable pour un mois. Et L'Illustration augmentera de 5.000 francs la seconde prime si la restitution a lieu avant le 15 septembre.»

Le nombre formidable de lettres qui nous parvinrent dès les premiers jours où fut connue notre offre attesta, quelles que fussent d'ailleurs les considérations qui guidaient nos correspondants, combien la question passionnait.

La Joconde et les agents préposés à sa garde, dans la salle des Portraits italiens à la Galerie des Offices de lourds bancs de chêne ont été disposés pour maintenir le public admis à défiler devant le tableau.--phot. Robert Vaucher.