LE BON APÔTRE!--De quel sourire Guillaume II accueillait le tsar.
«Ce Tartufe entre les États!» Telle est l'épithète cinglante dont Henri Heine, le même qui se proclamait coquettement «Prussien libéré», flagellait la face de la puissance de proie dont la féroce tyrannie l'avait contraint d'abandonner sa chère Allemagne. Parole de vérité, dont le monde vient, une fois de plus, d'éprouver la justesse. Or cette nation de fourbes sans raffinement se peut glorifier d'avoir rencontré enfin un chef à sa taille, et, selon l'expression anglaise, son representative man, son homme type: Guillaume, empereur et roi. Avec quels soins patients, quelle persévérance, le «kaiser» s'était appliqué, depuis qu'il était monté en scène, à tisser devant nos yeux un voile d'illusions! Avec quelle application, depuis vingt-cinq ans, il posait au galant homme, au paladin! Fleurs sur les cercueils de nos morts illustres, compromettantes invitations aux vivants en vue susceptibles de servir ses mensonges, aucune comédie ne lui coûtait. On le voit ici, accueillant, à l'une de leurs rencontres, le tsar Nicolas, son ami, son cousin selon le protocole et presque par le sang, et lui souriant de toutes ses dents. «J'embrasse mon rival, dit le Néron de Racine, mais c'est pour l'étouffer.» Aujourd'hui voici son premier acte d'hostilité envers la Russie; l'impératrice douairière, Marie Féodorovna, la mère du tsar, la soeur de la reine Alexandra, sa propre tante, à lui, Guillaume,--une souveraine auguste qui fut son hôte quelque jour, et lui rendit, dans l'un des palais impériaux, à Pétersbourg, à Tsarskoïé-Sélo, le pain et le sel,--une femme à cheveux blancs, enfin, qui traverse son empire, la guerre déclarée, pour retourner chez elle: on l'arrête, au nom du Lohengrin couronné, du successeur prétendu de Charlemagne; on lui interdit de continuer sa route, et, comme une vulgaire espionne, on la reconduit à la plus proche frontière.
Dessin de J. Simon.
LA SÉANCE DU 4 AOUT A LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS
La séance qu'a tenue, mardi dernier, la Chambre des députés, réunie en même temps que le Sénat pour recevoir connaissance, par la voie du message du président de la République et de l'exposé du président du Conseil, des événements qui nous avaient acculés à la guerre, et pour voter les mesures que nécessitait le commencement des hostilités,--cette séance a offert un spectacle inoubliable. D'abord, un impressionnant silence: les pères conscrits de Rome, en des circonstances analogues, ne montrèrent pas plus de sereine dignité. Tous les coeurs battant à l'unisson d'un ardent amour pour la patrie, affermis par une pleine confiance dans ses destinées. Puis à la fin du sobre et clair discours de M. René Viviani, une immense acclamation s'exhalant de toutes les bouches, des bravos, des vivats, des bras levés, dans un serment solennel de défendre jusqu'au bout et par tous les nobles moyens la sainte cause de la patrie, de la civilisation du progrès... «Nous sommes sans reproche, avait proclamé le président du Conseil: Nous serons sans peur.» D'une seule âme la Chambre s'associait à cette forte parole.
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LES TROUPES DE COUVERTURE DE LA FRANCE ET DE L'ALLEMAGNE.
--Emplacements des différents corps, batteries, sections d'aviation, etc. jusqu'à la veille des hostilités.--Ce sont d'autres corps d'armée allemands, les VIIe et IXe (et peut-être les IVe et Xe) qui opèrent à travers le Luxembourg et la Belgique.
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Hôtel de Ville. |
Vue générale de Visé, sur la Meuse. |
Vieilles maisons. |
LA JOLIE PETITE VILLE BELGE DE VISÉ, AU NORD DE LIÉGE, QUI A ÉTÉ OCCUPÉE ET BRÛLÉE PAR LES TROUPES ALLEMANDES
D'après la «Belgique illustrée».