Une question qui a toujours soulevé dans les guerres du passé d'interminables controverses est celle des balles explosives. Ces balles avaient été jadis créées pour faire sauter les caissons de munitions d'infanterie ou d'artillerie, chargées en poudre noire, et l'armée bavaroise notamment en fit usage jusque vers 1870. On fut, par la suite, amené à employer ces balles contre les troupes, parce que l'on espérait arrêter ainsi plus facilement des assaillants déterminés en leur causant des blessures plus graves. Mais l'expérience a montré depuis longtemps que l'usage des balles explosives constituait une cruauté parfaitement inutile et, par la convention de Genève, toutes les nations civilisées se sont mises d'accord pour en interdire l'emploi en temps de guerre. Ces balles sont, du reste, devenues incapables de faire sauter les munitions chargées avec la poudre sans fumée. Aussi, à l'heure actuelle, ne se sert-on plus des balles de ce genre que pour abattre les grands fauves à courte distance (balles Pertuiset pour la chasse à l'éléphant, à l'hippopotame, au lion, etc.).

Elles ont d'ailleurs l'inconvénient d'exiger l'emploi d'armes à feu de très gros calibre; elles sont assez dangereuses pour le tireur qui les utilise et leur précision est plutôt aléatoire dès que la distance se rapproche d'une centaine de mètres. En fait, elles ont complètement disparu de l'armement de tous les pays qui ont seulement conservé les grenades à main.

Une cartouche à balle dum-dum.

La balle dum-dum n'a rien de commun avec la balle explosive.

Jusqu'en 1890, la seule balle employée a été la balle en plomb pur ou en plomb durci, de forme cylindro-ogivale, et sans enveloppe métallique. Cette balle, d'un calibre généralement voisin de 11 millimètres, avait une puissance vulnérante et surtout une puissance d'arrêt (stopping-power) très largement suffisantes. Son expansion dans le corps de l'homme atteint produisait d'ailleurs très souvent des effets analogues à ceux des balles explosives.

Mais à partir de 1890 environ, lorsque toutes les armées du monde eurent adopté une arme à feu de petit calibre (8 millimètres) tirant une balle de plomb durci avec enveloppe de maillechort ou d'acier, on s'aperçut que la puissance vulnérante des nouvelles balles avait singulièrement diminué. A l'heure actuelle, un blessé qui a eu le poumon, ou l'abdomen, traversé par une balle de 8 m/m (et surtout par une balle de 6 m/m-5 comme la balle italienne ou la balle japonaise) guérit très souvent avec une facilité déconcertante, d'où le nom de balle humanitaire donné à ce projectile vers 1895. En outre la puissance d'arrêt des nouvelles balles est devenue tout à fait insuffisante dans le combat rapproché contre des adversaires fanatisés; on a constaté à mainte reprise dans l'Inde, en Afrique, aux Philippines, qu'un indigène traversé par une balle conservait souvent assez de force pour venir zigouiller, avant de mourir, l'Européen qui l'avait blessé.

C'est cette constatation, faite pour la première fois par les Anglais, au Tchitral qui a amené ceux-ci à fabriquer les balles dites balles dum-dum, du nom de la fabrique hindoue où on les confectionnait.

Les premières balles dum-dum, car il existe un grand nombre de modèles différents de ces projectiles, possédaient leur enveloppe en maillechort fendue en croix à la partie avant, ce qui permettait au noyau de plomb intérieur de s'épanouir dans la blessure, comme le faisaient en 1866 ou en 1870 les balles en plomb nu de 18 m/m ou de 11 m/m alors en usage. Mais ces balles se déformant dans le canon ou dans l'air tiraient fort mal. On leur substitua bientôt des balles analogues à la balle express inventée aux Etats-Unis pour la chasse aux grands animaux.

La nouvelle balle dum-dum présentait à l'avant un trou cylindrique borgne qui avait pour effet de produire une sorte d'éclatement du projectile au moment où il rencontrait le but. Les cipayes anglais de l'Inde emportèrent en Chine pendant la campagne de 1900 des munitions de ce modèle. Cette balle ne tire pas très bien; il faut, pour lui rendre sa précision, boucher le trou qu'elle présente à l'avant soit avec de la cire, soit avec une petite capsule de cuivre mince.