Dans quelques jours, tous ces trophées, conquis par quelles luttes! vont être dispersés sur les places et dans les jardins de la ville. Comme en tant d'autres cités de France, on pourra tout à son aise et pour des générations se familiariser avec ces emblèmes de gloire. Mais il fallait les avoir vus ici, réunis comme une humiliante réponse devant le pavillon germanique. Ils y parlent un langage qu'on ne se lasse pas d'entendre. D'ici combien d'années, dans un monde hostile à son âme, l'Allemagne n'osera-t-elle pas envoyer aux Expositions universelles une image d'elle-même? Si c'est ici de longtemps le dernier pavillon allemand de stuc et de faux bronze, regardons-le et pensons avec un juste effroi que nous fûmes menacés et atteints par la contagion de ceci; que cette âme s'insinua entre les nôtres, qu'elle chercha et entreprit notre avilissement; et que ces canons-là ont tonné de leur brutal fracas notre réveil et la fin d'une demi-servitude.
E. Sainte-Marie Perrin.

L'OEUVRE DES TRAINS DE BLESSÉS

La Presse française désireuse d'améliorer le sort des blessés pendant leur transport des champs de bataille aux hôpitaux, a pris sous son patronage les cantines des trains d'évacuation et des gares avec ce programme: soins immédiats et distribution rapide et suffisante d'une alimentation hygiénique, de linge et de vêtements chauds.

L'oeuvre a son siège, 37, rue de Châteaudun, au Syndicat de la Presse, où doivent être adressés les dons en nature et en argent. L'Illustration, qui est représentée dans le comité et s'est inscrite parmi les donateurs, fait un pressant appel à ses lecteurs. Elle compte sur l'élan de la reconnaissance française envers ceux qui souffrent si vaillamment pour le salut du pays.

LA GUERRE DES TAUPES

On a dit quelles véritables fortifications les Allemands, retranchés sur leurs nouvelles lignes, après leur défaite de la Marne, ont établies pour se maintenir contre nos vigoureux assauts.

Il faut reconnaître qu'ils sont parfaitement organisés pour effectuer ces travaux de terrassements. Sous le feu de l'artillerie qui les protège, leurs «pionniers» arrivent sur la position choisie munis d'outils portatifs à manches courts et suivis du fourgon qui contient les outils plus lourds, à longs manches. Chaque compagnie a son fourgon. Le travail est conduit avec une méthode rigoureuse, selon des principes précis comme une équation. On sait que chaque fusilier a tel espace, et sa place lui est mathématiquement ménagée. Le feu meurtrier de nos 75 peut arroser une de ces tranchées si parfaitement réglementaires, protégées en avant par le talus où l'on a accumulé toute la terre de l'excavation, les morts n'auront pas même la place de tomber,--et cela explique les descriptions qu'on a données, après la bataille, de certaines tranchées où les cadavres demeuraient debout dans la position de tir.

En avant de ces tranchées de front, d'autres moins spacieuses sont établies pour les sentinelles. En arrière on a construit de véritables habitations de troglodytes, des fossés recouverts en partie de terrassements et de branchages étayés par des pieux. Il y a là des dortoirs quasi confortables, les cuisines, les magasins de vivres et de munitions, tout cela relié par des passages aux lignes de front. Le fond est souvent cimenté. On dirait, en vérité, que ces gens ont juré de passer là leur hiver. Enfin, les mitrailleuses ont aussi leurs places réservées. Et, tout à fait à l'arrière, est installée l'artillerie, pièces de siège montées sur des plates-formes improvisées et gros obusiers.

Tout cela forme comme une immense taupinière, un terrier difficile à enlever, mais dont, finalement, nos baïonnettes auront bien raison, espérons-le.