DE LA SOMME A L’ARGONNE
Sur ce front, très étendu, nous manquons également de précisions; le 15, une violente canonnade était signalée depuis l’Oise jusqu’à la Somme; peut-être masquait-elle l’affaiblissement des lignes de l’ennemi par suite de l’envoi de renforts dans le Nord. Le 18—nous donnons ces dates d’une façon un peu approximative, les communiqués précisant rarement—le 18 une violente contre-attaque avait lieu contre nos positions autour de Chaulnes à mi-chemin de Roye et de Péronne, région où, si longtemps, la lutte fut effroyable, et d’où les Allemands se sont partiellement retirés, en laissant des milliers de leurs morts non ensevelis.
Entre Albert et Péronne, à 6 kilomètres de la première de ces villes, près du village de Mametz, une attaque violente a été dirigée, le 19 sans doute, contre nos lignes; l’ennemi n’a pas davantage réussi.
Des bords de l’Aisne et du Soissonnais, aucune nouvelle n’a été donnée; par contre, des informations successives ont fait supposer l’abandon progressif par les Allemands des environs de Reims; chaque jour une nouvelle avance de nos troupes a été signalée dans ce qu’on appelait la région de Berry-au-Bac, c’est-à-dire le point où l’Aisne, abandonnant la plaine champenoise, pénètre dans les collines du Soissonnais. Malgré le peu de précision des renseignements, on peut supposer que nous
dépassons la base du plateau de Craonne. De même au Sud-Est de Reims, où, peu à peu, nous commençons l’enveloppement des hauteurs de Nogent-l’Abbesse, d’où l’artillerie allemande bombarda la ville et la cathédrale. Mais, depuis le 15, les communiqués sont muets sur cette partie du front. De même aux abords de l’Argonne où on annonça cependant l’avance de nos lignes au delà de Souain.
Sur la forêt d Argonne, silence moins absolu; vers le 16, on apprenait que les Allemands avaient attaqué les positions que nous occupons au Sud de Montfaucon, à Malancourt. Cette attaque avait été repoussée. Le 19, l’ennemi portait son effort, non moins infructueux, au Sud-Est de Varennes, contre le village de Vauquois.
MEUSE ET WOEVRE
La bataille n’a presque pas fait trêve sur les bords du fleuve, sur les Côtes de Meuse et dans la plaine de Woëvre, mais il n’en est venu que des échos affaiblis; il est même difficile de comprendre ce qui se passe là-bas. Une force allemande considérable semble à demi investie entre le fleuve et la plaine, dans la région de grands bois creusée de vallons qui entourent Saint-Mihiel. L’ennemi fait effort pour en déboucher par la route de Metz qui descend au flanc des Côtes sur Apremont. Toutes les tentatives pour s’emparer de ce village ont été infructueuses; le 15 et le 17, on annonçait, au contraire, que nous avancions dans la région de Saint-Mihiel. Le 20, une dépêche un peu plus précise faisait connaître que nous avions pénétré dans la grande boucle de la Meuse qui précède la ville de Saint-Mihiel et que ferme le cône tronqué du camp des Romains. Les Allemands tentèrent en vain de nous chasser de la presqu’île, ils durent se replier; nous serions donc à faible distance de Saint-Mihiel, 3 kilomètres au plus.
Dans la Woëvre, les indications ne sont pas moins imprécises; le 13, nous avions atteint le Sud de la route de Verdun à Metz, mais rien n’indiquait le point de départ de nos colonnes; le 15, nouveaux progrès dans les mêmes parages. Ensuite on nous disait que nous étions à hauteur de Marchéville-en-Woëvre. Le 20, c’était la nouvelle d’une attaque ennemie contre Champlon, village situé à l’Ouest de Marchéville, au pied des Côtes. De nouveau l’ennemi fut repoussé.