Une brindille se détacha d’une branche et tomba.
Enfin, la compagnie sortit de la tranchée, s’aligna et, aussitôt, un commandement éclata:
—Présentez... arme!
A cet instant, le drapeau apparut sur la route.
On ne vit plus que LUI et je m’imaginai que, là-bas, tout près, on devait suivre le jeu de son étoffe dans le vent. Il me semblait immense, il me semblait éclatant: il était immense, il était éclatant et l’officier qui le portait ne le diminuait pas.
Coupait-on encore du bois à la cime des arbres?... Nous ne nous en préoccupions plus.
Une bordée de notre 75 nous calotta. Nous nous trouvions dans la ligne de tir et le son nous arrivait, sec et dur, à croire que nous avions la batterie à 100 mètres et que nous en recevions le souffle.
Et, pendant que le canon continuait à cogner, la parade se déroula, sans hâte, sans bravade, strictement, gravement et gaillardement, à la française! Le petit aide-major que l’on décorait était peut-être celui qui dissimulait le mieux son émotion; il se tenait devant le drapeau, sans plus de gêne que s’il se fût trouvé dans son laboratoire... J’avais oublié de vous informer que c’était un agrégé de Nancy, un intellectuel, comme l’on disait. Lorsque le drapeau défila, il lui adressa un beau salut de la main gauche, à la manière d’un vieil invalide qui est bien empêché de saluer de l’autre main; il n’avait plus du tout l’air d’un intellectuel.
*
* *
Ensuite, le colonel, qui nous avait priés à déjeuner, nous introduisit dans la salle à manger qui est de construction et de style 1914: trois marches pour y pénétrer, des murs uniformément bruns—terre de Sienne, si vous voulez—un plafond aux poutres apparentes sur fond de gerbes de blé, assez haut pour permettre au plus bel homme du régiment de se tenir debout sans courber la taille... Coquetterie: la table, à la nappe blanche immaculée, était parée de fleurs.