«LE JEUNE HOMME.—Alors je prends la liberté de me retirer. (A part) J'enlève mon bracelet, je veux qu'il devienne le gage de mes fiançailles. Je vais le laisser tomber de ma manche en saluant. Si elle le ramasse, il y a huit ou neuf chances sur dix pour que le mariage se fasse. Je vais de ce pas prier ma mère de chercher une tierce personne pour arranger l'affaire.
«LA JEUNE FILLE (elle chante).—En me quittant, il souriait, il m'a saluée, et c'est exprès qu'il a laissé tomber ce bracelet de jade. Pourquoi ne deviendrions-nous pas mari et femme? pourquoi n'imiterions-nous pas les couples de canards-mandarins qui s'ébattent au milieu des nénuphars? J'aurais ainsi jusqu'à ma mort quelqu'un sur qui m'appuyer.
«UNE ENTREMETTEUSE (qui l'a vue de loin ramasser le bracelet).—Ces deux personnes se souriaient, leur passion est brûlante: il ne manque qu'un tiers pour régler le mariage. Le courtage de cette affaire ne m'échappera pas. Ce jeune roué connaît très bien son affaire.
(A la jeune fille qui considère le bracelet de jade en soupirant ):
«—Mademoiselle, je vous l'amènerai et vous causerez à votre aise, cela vous convient-il?
«LA JEUNE FILLE.—Madame, nous sommes bien pauvres, je n'ai pas de gage à lui envoyer.
«L'ENTREMETTEUSE.—En échange du bracelet, des pantoufles brodées suffiront.
«LA JEUNE FILLE.—Maman, des pantoufles brodées de mes mains, je peux donc les envoyer?
«L'ENTREMETTEUSE.—Parfaitement, vous le pouvez.
«LA JEUNE FILLE.—En voici une paire.