L'art de la séduction a été décrit ici pour le bien de tous et pour apprendre aux maris à garder leurs femmes: on ne doit pas s'en servir uniquement pour prendre les femmes des autres[61].

[Note 61: Voir l'observation en tête de l'Appendice.]

APPENDICE AU CHAPITRE VI

L'hypocrisie de cette justification finale est manifeste. Ce qu'il faut blâmer surtout dans notre auteur, c'est d'autoriser la séduction faite de propos délibéré.

On voit, dans des romans remarquables et dans la vie réelle, des amants qui ne se sont donnés l'un à l'autre qu'après avoir résisté sincèrement à leur passion et à qui leur honorabilité sur tous les autres points a fait presque pardonner l'irrégularité de leur union tenue plus ou moins secrète. Telle paraît avoir été la liaison de Properce avec Cynthie qui était mariée et à laquelle le poète adressa des éloges et des regrets éloquents qu'il faut citer.

N°1.—Élégie XIX. «Sa danse est plus gracieuse que celle d'Ariadne conduisant les choeurs. Sa lyre le dispute à celle des Muses. Ses écrits surpassent ceux de l'antique Corine et ses poésies celles de la célèbre Érinne.

«La couche du maître des dieux la recevra un jour, car la terre n'a pas vu depuis Hélène une beauté si accomplie.»

L. II, Élégie XV. «Que de fois j'ai partagé ta couche, et cependant mes présents ne m'ont point acheté une de ces nuits fortunées; qu'on me serre les bras avec une chaîne d'airain, pour voler vers toi, ô mon amie! je saurai briser l'airain le plus dur. Oui, Cynthie, je serai à toi jusqu'à ma dernière heure; fidèles au même serment, le même jour nous emportera tous deux.»

«Je ne crains point, ô ma Cynthie, le séjour des ombres, mais seulement que ton amour fasse défaut à ma tombe, car le mien m'a pénétré si profondément que ma cendre ne pourra s'en séparer.»

«Non ego nunc tristes vereor, mea Cynthia, manes
Sed ne forte tuo careat mini funus amore.»