Dès qu'elle vit, qu'elle connut la blessure mortelle d'Adonis, dès qu'elle vit le sang rougir sa cuisse entr'ouverte, lui tendant les bras, elle s'écria: «Vis, Adonis, vis, infortuné, pour que je t'étreigne jusqu'au dernier moment, que je te serre dans mes bras et que je confonde mes lèvres avec les tiennes. Relève-toi, Adonis, pour me donner un baiser suprême, pendant le temps seulement que dure un baiser, un baiser par lequel le souffle de ta vie s'écoulera dans ma bouche et ton âme dans mon coeur; un doux baiser que j'épuiserai en buvant ton amour; un baiser que je garderai en moi comme Adonis lui-même, puisque toi, infortuné, tu fuis loin de moi, pour toujours, vers le sombre Achéron, vers le roi terrible et inexorable; et moi, malheureuse, je vis! déesse, je ne puis mourir pour te suivre.

«Reçois mon époux, ô Proserpine!

«Tu es bien plus puissante que moi, car tout ce qui est beau va vers toi. Hélas, mon désespoir est sans bornes et ma douleur inconsolable!

«Et je pleure Adonis que j'ai perdu et le chagrin me dévore! Tu meurs, ô trois fois regretté! mon bien-aimé a passé comme un rêve! Maintenant, Vénus est veuve et les amours sont en deuil. Son baudrier n'existe plus.

«Adonis est étendu couché sur la pourpre; autour de lui gémissent les amours éplorés, les cheveux rasés pour son deuil; l'un d'eux brise du pied ses flèches, l'autre son arc, un troisième son carquois empenné; un quatrième le déchausse; d'autres apportent de l'eau dans des bassins d'or, un amour lave sa blessure, un autre évente Adonis de ses ailes.

«Hélas! hélas! gémit sur Cythérée le choeur des Amours.

«L'hyménée a éteint sa torche tout entière au seuil de son temple. L'hymen refuse de développer la couronne nuptiale aujourd'hui, car la sienne est brisée. Le chant des épousailles ne répète plus hymen! hymen! il gémit: hélas, hélas! hélas, hélas, Adonis! bien plus encore hélas, hyménée!

«Les grâces pleurent le fils de Cinyre, s'écriant de concert: Hélas, hélas! Il est mort le bel Adonis! Et leurs cris sont encore plus perçants que les tiens, ô Dioné.

Les muses elles-mêmes pleurent Adonis; elles appellent Adonis par leur chant; mais lui reste sourd à leur appel. Ce n'est point qu'Adonis dédaigne d'y répondre. Mais Proserpine retient dans ses liens son captif.

«Cesse ton deuil, ô Cythérée; ne frappe plus ta poitrine, fais taire les cris plaintifs; au prochain anniversaire il faudra reprendre le deuil et les larmes.»