—L'après-midi est propice; le vent a changé. Dans les alentours du Vedrá on va prendre du poisson en abondance.
Febrer haussa les épaules:
—Non, non; grand merci; je suis occupé.
Il avait à peine achevé ces mots que le Capellanét reparut, lui apportant son repas.
Il semblait triste et courroucé. Son père, furieux de la scène qui avait eu lieu la veille, avait fait retomber sur lui sa colère.
Une véritable injustice, don Jaime! Il n’a cessé de crier en arpentant la cuisine, tandis que les femmes, les yeux humides, se faisaient toutes petites et fuyaient son regard. Il attribue tout ce qui est arrivé à sa faiblesse de caractère, à sa bonté. Mais il jure qu’il va y mettre un terme sans tarder. D'abord, il n’autorise plus le festeig ni les visites. Quant à moi!... «C'est ce mauvais fils—a-t-il dit—désobéissant et révolté qui est cause de tout.»
—C'est fini!... avait déclaré le fermier à son fils.—Dès lundi prochain je te ramènerai au séminaire... et si par malheur tu avais l’intention de me résister et de t’échapper encore, souviens-toi qu’il vaudrait mieux pour toi t’embarquer tout de suite comme mousse et oublier que tu as des parents, car il ne faudrait pas songer à rentrer à la maison. Je serais capable de te briser les deux jambes avec la barre de fer de la porte!
—Et, ajoutait Pepét, pour se faire la main et donner une preuve de sa future sévérité, il m’a allongé quelques gifles et force coups de pied, me faisant ainsi payer à nouveau le désappointement qu’il a éprouvé lorsque je suis revenu d'Iviça.
Le Capellanét avait plié l’échiné et s’était réfugié dans un coin, derrière les jupons de sa mère tremblante, afin d’échapper à la fureur paternelle. Mais à présent qu’il se trouvait en sûreté, à la tour, une rage s’emparait de lui au souvenir de l’imméritée correction. Il grinçait des dents, roulait des yeux blancs; ses joues verdissaient, il serrait les poings.
Ce qui affligeait le pauvre Pepét, plus encore que les coups reçus et sa dignité humiliée, c’était la perspective du prochain emprisonnement au séminaire. Il frémissait à la pensée de porter la soutane, pareille aux jupes des femmes, d’avoir les cheveux coupés ras, ses beaux cheveux dont les boucles dépassaient si élégamment les bords de son chapeau, sans compter la tonsure, qui ferait rire les atlótas ou leur inspirerait un respect qui les glacerait. Et alors, adieu les danses et les amours! Adieu, le couteau chéri!