Ce soir, à mon retour, j'ai trouvé votre carte. Je conclus de votre billet et de votre visite que mon manuscrit vous intéresse, en effet, et je me réjouis de tout mon cœur de pouvoir vous en faire l'hommage. Tous les Français vous offrent celui de leur reconnaissance pour les bons sentiments et les douces émotions qu'ils vous doivent. Ceux que vous avez consolés dans leurs peines peuvent vous en vouer une plus spéciale encore.

Votre temps est trop précieux, monsieur le vicomte, pour que j'ose vous demander une seconde visite. Si vous me la destiniez, je voudrais en savoir le moment? Mais je me bornerai à vous envoyer le manuscrit; s'il vous intéresse, vous le garderez tout à fait. S'il vous est étranger, ne vous donnez pas la peine de me le renvoyer, je l'enverrai chercher chez vous avant mon départ.

Agréez…

De M. de Chateaubriand, Paris, mardi 19 mars 1816.

Selon toutes les apparences, madame, le manuscrit n'intéresse personne de ma famille. Mais j'ai à vous remercier de votre politesse. Puisque vous voulez bien me le permettre, madame, et me laisser le choix du jour, j'aurai l'honneur de passer chez vous, samedi 29, à midi.

Agréez, madame, je vous en prie, l'hommage de mon respect.

de CHATEAUBRIAND.

Note de Mme de V.—Me trouvant suffisamment remerciée, je voulus épargner à M. de Chateaubriand l'ennui d'une visite sans but, et me punir moi-même d'avoir risqué d'abuser de sa politesse. Je partis de Paris avant le jour qu'il avait fixé pour notre entrevue.

CORRESPONDANCE DE CHATEAUBRIAND AVEC LA MARQUISE DE V…

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