Rome, ce 11 octobre 1828.
Me voilà à Rome, qui ne m'a rien fait. À mon âge, il ne faut plus voyager: on n'y voit plus. J'espère me retrouver bientôt dans notre commune patrie. Je vous écrirai plus au long quand j'aurais rempli les premiers devoirs de ma position. Ce mot est seulement pour vous prouver ma fidélité, et mon impossibilité d'oublier Marie. Cette lettre, que j'envoie aux Affaires Étrangères, sera mise à la poste à Paris. J'espère avoir bientôt une lettre de vous.
CHATEAUBRIAND.
Je vous ai écrit de Milan.
LI
__De M. de Chateaubriand__
Rome, 21 octobre 1828.
Votre première lettre de France est venue me trouver à travers les montagnes au milieu des ruines de Rome: elle m'a fait un grand bien, et je vous en remercie; elle n'avait pas même perdu la petite violette attachée à l'une des feuilles; j'ai salué cette fleur de mon pays, cueillie par une main amie. Que vous dirai-je? Rome m'ennuie: tout m'ennuie[34]! J'ai passé l'âge des joies, il faut que je me retire. Que fais-je dans ce monde? Je le connais trop et j'y ai été trop longtemps. Je me réserve pourtant encore un dernier plaisir, c'est celui d'aller vous trouver dans votre solitude. Quand j'aurai vu cette Marie inconnue, tout sera accompli. Pensez à moi et écrivez-moi!
[Note 34: Dans cette lettre et dans les suivantes, Chateaubriand exagère un peu la tristesse et la solitude de son séjour à Rome. Nous savons notamment, par les Souvenirs de M. d'Haussonville, que trois belles jeunes femmes, Mme D., la Del Drago, et une dame qui, sous le pseudonyme de Mme de Saman, devait plus tard publier un petit roman autobiographique intitulé Les Enchantements de Prudence, ont, toutes trois, fait de leur mieux pour distraire son ennui.]