Donc, en 1834, toute la partie des Mémoires alors rédigée, c'est-à-dire sept volumes sur onze, était divisée en livres. L'auteur avait encore à écrire le récit de sa carrière littéraire, de 1800 à 1814, et d'une partie de sa carrière politique, de 1814 à 1828. Ce fut l'objet des quatre volumes complémentaires, composés de 1836 à 1839. En cette nouvelle et dernière partie de sa rédaction, Chateaubriand a-t-il brisé le moule dans lequel il avait jeté ses précédents volumes? A-t-il rompu tout à coup avec ses procédés habituels de composition? Il n'en est rien, ainsi que le montrent les textes ci-après, empruntés à la rédaction de 1836-1839.
Tome V, p. 97. -- Paris, 1839. -- Revu en juin 1847. -- «Le premier livre de ces Mémoires est daté de la Vallée-aux-Loups, le 4 octobre 1811: là se trouve la description de la petite retraite que j'achetai pour me cacher à cette époque.»
Tome V, p. 178. -- Paris, 1839. -- «Ces deux années (de 1812 à 1814), je les employai à des recherches sur la France et à la rédaction de quelques livres de ces Mémoires.»
Tome V, p. 189. -- Paris, 1839. -- «Maintenant, le récit que j'achève rejoint les premiers livres de ma vie publique, précédemment écrits à des dates diverses.»
Tome VI, p. 195. -- «Au livre second de ces Mémoires, on lit (je revenais alors de mon premier exil de Dieppe): «On m'a permis de revenir à ma vallée. La terre tremble sous les pas du soldat étranger; j'écris, comme les derniers Romains, au bruit de l'invasion des barbares. Le jour, je trace des pages aussi agitées que les événements de ce jour [26]; la nuit, tandis que le roulement du canon lointain expire dans mes bois solitaires, je retourne au silence des années qui dorment dans la tombe et à la paix de mes plus jeunes souvenirs.»
Tome VI, p. 336. -- «Dans le livre IV de ces Mémoires, j'ai parlé des exhumations de 1815.»
Tome VI, p. 380. -- 1838. -- «Benjamin Constant imprime son énergique protestation contre le tyran, et il change en vingt-quatre heures. On verra plus tard, dans un autre livre de ces Mémoires, qui lui inspira ce noble mouvement auquel la mobilité de sa nature ne lui permit pas de rester fidèle.»
Tome VIII, p. 283. -- 1839. -- Revu le 22 février 1845. -- «Le livre précédent que je viens d'écrire en 1839 rejoint ce livre de mon ambassade de Rome, écrit en 1828 et 1829, il y a dix ans... Pour ce livre de mon ambassade de Rome, les matériaux ont abondé...[27]»
Ainsi, en 1839, dernière date de la rédaction de ses Mémoires (quelques pages seulement y furent ajoutées plus tard), Chateaubriand continue d'être fidèle aux principes de composition qui avaient présidé au commencement de son travail. Si nous poussons plus avant, si nous descendons jusqu'à l'année 1846, époque à laquelle l'ouvrage était depuis longtemps terminé, nous trouvons ce curieux et très significatif billet de Mme de Chateaubriand. Il est adressé à M. Mandaroux-Vertamy:
2 février 46.