Le Génie du christianisme fut mis en vente, le 14 avril 1802 (24 germinal an X), chez Migneret, rue du Sépulcre, faubourg Saint-Germain, no 28, et chez Le Normant, rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois, no 43[439]. L'ouvrage formait cinq volumes in-8o; mais le cinquième se composait exclusivement des Notes et éclaircissements.
Chateaubriand avait d'abord projeté de donner pour titre à son livre: De la religion chrétienne par rapport à la morale et aux beaux-arts[440]. Un peu plus tard, il avait songé à l'intituler comme suit: Des beautés poétiques et morales de la religion chrétienne et de sa supériorité sur tous les autres cultes de la terre[441]. C'était beaucoup trop long; Chateaubriand le comprit, et lorsque son livre parut, ce fut avec ce titre, qui disait tout en deux mots et qui allait si vite devenir immortel: Génie du christianisme ou Beautés de la religion chrétienne, par François-Auguste Chateaubriand. À la première page de chaque volume se trouvait l'épigraphe suivante, supprimée depuis:
Chose admirable! la religion chrétienne, qui ne semble avoir d'objet que la félicité de l'autre vie, fait encore notre bonheur dans celle-ci.
Montesquieu, Esprit des Lois, livre XXIV, Ch. III.
La Préface que l'auteur avait mise en tête de son ouvrage a également disparu des éditions postérieures. Comme elle renferme des détails d'un réel intérêt, je crois devoir la reproduire ici tout entière:
Je donne aujourd'hui au public le fruit d'un travail de plusieurs années; et comme j'ai réuni dans le Génie du christianisme d'anciennes observations que j'avais faites sur la littérature, et une grande partie de mes recherches sur l'histoire naturelle et sur les mœurs des sauvages de l'Amérique, je puis dire que ce livre est le résultat des études de toute ma vie.
J'étais encore à l'étranger lorsque je livrai à la presse le premier volume de mon ouvrage. Cette édition fut interrompue par mon retour en France, au mois de mai 1800 (floréal an VIII).
Je me déterminai à recommencer l'impression à Paris et à refondre le sujet en entier, d'après les nouvelles idées que mon changement de position me fit naître: on ne peut écrire avec mesure que dans sa patrie.
Deux volumes de cette seconde édition étaient déjà imprimés, lorsqu'un accident me força de publier séparément l'épisode d'Atala, qui faisait partie du second volume et qui se trouve maintenant dans le troisième[442].