J'allai à Vaucluse cueillir, au bord de la fontaine, des bruyères parfumées et la première olive que portait un jeune olivier:
Chiara fontana, in quel medesmo bosco
Sorgea d'un sasso; ed acque fresche e dolci
Spargea soavemente mormorando:
Al bel seggio riposto, ombroso e fosco
Ne pastori appressavan, ne bifolci;
Ma nimfe e muse a quel tenor cantando.
«Cette claire fontaine, dans ce même bocage, sort d'un rocher; elle répand, fraîches et douces, ses ondes qui suavement murmurent. À ce beau lit de repos, ni les pasteurs, ni les troupeaux ne s'empressent; mais la nymphe et la muse y vont chantant.»
Pétrarque a raconté comment il rencontra cette vallée: «Je m'enquérais, dit-il, d'un lieu caché où je pusse me retirer comme dans un port, quand je trouvai une petite vallée fermée, Vaucluse, bien solitaire, d'où naît la source de la Sorgue, reine de toutes les sources: je m'y établis. C'est là que j'ai composé mes poésies en langue vulgaire: vers où j'ai peint les chagrins de ma jeunesse.»
C'est aussi de Vaucluse qu'il entendait, comme on l'entendait encore lorsque j'y passai, le bruit des armes retentissant en Italie; il s'écriait:
Italia mia. . . . .
. . . . . . . .
O diluvio raccolto
Di che deserti strani
Per inondar i nostri dolci campi!
. . . . . . . . . . .
Non è questo 'l terren ch' io toccai pria?
Non è questo 'l mio nido,
Ove audrito fui si dolcemente?
Non è questa la patria, in ch' io mi fido,
Madre benigna e pia
Chi copre l' uno et l' altro mio parente?
«Mon Italie!... Ô déluge rassemblé des déserts étrangers pour inonder nos doux champs! N'est-ce pas là le sol que je touchai d'abord? n'est-ce pas là le nid où je fus si doucement nourri? n'est-ce pas là la patrie en qui je me confie, mère bénigne et pieuse qui couvre l'un et l'autre de mes parents?»
Plus tard, l'amant de Laure invite Urbain V à se transporter à Rome: «Que répondrez-vous à saint Pierre,» s'écrie-t-il éloquemment, «quand il vous dira: Que se passe-t-il à Rome? Dans quel état est mon temple, mon tombeau, mon peuple? Vous ne répondez rien? D'où venez-vous? Avez-vous habité les bords du Rhône? Vous y naquîtes, dites-vous: et moi, n'étais-je pas né en Galilée?»
Siècle fécond, jeune, sensible, dont l'admiration remuait les entrailles; siècle qui obéissait à la lyre d'un grand poète, comme à la voix d'un législateur! C'est à Pétrarque que nous devons le retour du souverain pontife au Vatican; c'est sa voix qui a fait naître Raphaël et sortir de terre le dôme de Michel-Ange.