[55]: C'est une épigramme de l'Anthologie. L'oiseau à qui s'adresse le poète grec, c'est l'hirondelle, «trop amie de l'auteur, selon la très fine remarque de M. de Marcellus (p. 189), pour qu'il ose la nommer quand il va en médire.»—Chateaubriand aimait beaucoup l'Anthologie grecque et se plaisait à la citer. Lui-même aurait pu, au besoin, lui fournir des modèles. J'en trouve la preuve à la date même où nous sommes. «À cette époque de perfection, dit Sainte-Beuve (Chateaubriand et son groupe littéraire sous l'Empire, II, 98), à cette époque de perfection où il était parvenu (1811-1813), il excellait même dans des bagatelles; il portait de sa grandeur jusque dans les moindres élégances; et j'ai trouvé sur un Album du temps (celui de Mme de Rémusat) cette admirable épigramme écrite de sa main; elle serait célèbre si elle était traduite de l'Anthologie et ferait chef-d'œuvre entre les plus belles de l'antique recueil, entre celles d'un Antipater de Sidon ou d'un Léonidas de Tarente:
«La Gloire, l'Amour et l'Amitié descendirent un jour de l'Olympe pour visiter les peuples de la terre. Ces divinités résolurent d'écrire l'histoire de leur voyage et le nom des hommes qui leur donneraient l'hospitalité. La Gloire prit dans ce dessein un morceau de marbre, l'Amour des tablettes de cire, et l'Amitié un livre blanc. Les trois voyageurs parcoururent le monde, et se présentèrent un soir à ma porte: je m'empressai de les recevoir avec le respect que l'on doit aux Dieux. Le lendemain matin, à leur départ, la Gloire ne put parvenir à graver mon nom sur son marbre; l'Amour, après l'avoir tracé sur ses tablettes, l'effaça bientôt en riant; l'Amitié seule me promit de le conserver dans son livre.
«De Chateaubriand.—1813.»
[56]: Le 4 septembre 1812, Chateaubriand reçut du préfet de police l'ordre de s'éloigner de Paris; il se retira à Dieppe. (Voir le tome I des Mémoires, p. 63.)—Avant de quitter Paris, il adressa ce billet à Joubert, par manière d'adieu: «Mon cher ami, je voulais aller vous embrasser. Je pars cette nuit pour Dieppe; j'ai grand besoin de respirer un peu l'air de ma nourrice, la mer. La Chatte (Mme de Chateaubriand) va se trouver bien seule, puisque vous partez aussi. Je vous embrasse donc tendrement, ainsi que le Loup (Mme Joubert).»—À la page 191 de son livre sur Chateaubriand, M. Villemain, qui brouille volontiers les dates, place en 1813, au lieu de 1812, l'exil à Dieppe.
[57]: Voir, sur cet épisode, l'Appendice no [VI]: Petite guerre pendant la campagne de Russie.
[58]: Voir la lettre de Chateaubriand à M. de Pommereul, à l'Appendice no [VI].
[59]: Au tome II des Mémoires, p. 180.
[60]: «Lorsqu'en 1800 je quittai l'Angleterre pour rentrer en France sous un nom supposé, je n'osai me charger d'un trop gros bagage: je laissai la plupart de mes manuscrits à Londres. Parmi ces manuscrits se trouvait celui des Natchez, dont je n'apportais à Paris que René, Atala et quelques descriptions de l'Amérique.
«Quatorze années s'écoulèrent avant que les communications avec la Grande-Bretagne se rouvrissent. Je ne songeai guère à mes papiers dans le premier moment de la Restauration; et d'ailleurs comment les retrouver? Ils étaient restés renfermés dans une malle, chez une Anglaise qui m'avait loué un petit appartement à Londres. J'avais oublié le nom de cette femme; le nom de la rue et le numéro de la maison où j'avais demeuré, étaient également sortis de ma mémoire.
«Sur quelques renseignements vagues et même contradictoires, que je fis passer à Londres, MM. de Thuisy eurent la bonté de commencer des recherches; ils les poursuivirent avec un zèle, une persévérance dont il y a très peu d'exemples...