[102]: Le 29 fructidor an III (15 septembre 1795), le Comité de Salut public, dont Cambacérès est président, prend un arrêté par lequel «le général de brigade Buonaparte, ci-devant mis en réquisition près du Comité, est rayé de la liste des officiers généraux employés, attendu son refus de se rendre au poste qui lui a été assigné».
[103]: Le Sultan venait de demander à la France des officiers et des ouvriers d'artillerie pour réorganiser son armée. Bonaparte songea sérieusement à répondre à cet appel. Il écrivit à son frère Joseph, qui déjà, trois mois auparavant, l'avait entretenu d'un projet d'établissement en Turquie: «Si je demande, j'obtiendrai d'aller en Turquie, comme général d'artillerie, envoyé par le gouvernement pour organiser l'armée du Grand Seigneur, avec un bon traitement et un titre d'envoyé très flatteur; je te ferai nommer consul et ferai nommer Villeneulve ingénieur pour y aller avec moi; tu m'as dit que M. Anthoine y était déjà: ainsi, avant un mois, je viendrais à Gênes; nous irions à Livourne, d'où nous partirions.» Le 13 fructidor (30 août 1795), il formula sa demande, qui fut sérieusement examinée par le Comité de Salut public.
[104]: Mémoires de la duchesse d'Abrantès, tome I, p. 195.
[105]: Le 1er prairial an III.
[106]: Boissy d'Anglas, qui présidait la séance du 1er prairial, salua religieusement la tête sanglante de son collègue. Dans un article du Journal des Débats (22 août 1862), M. Saint-Marc Girardin a donné sur cet épisode de curieux détails qui ne diminuent en rien l'héroïsme déployé par Boissy d'Anglas en cette occasion: «Quelque temps après cette terrible séance, dit-il, Boissy d'Anglas montrait à M. Pasquier et à quelques amis la salle de la Convention et leur expliquait sur les lieux la scène du 1er prairial. «Étant monté avec lui sur l'estrade du fauteuil du président, disait M. Pasquier, j'aperçus au fond de cette estrade une porte que je n'y avais pas encore vue:—Qu'est-ce donc que cette porte nouvelle? lui dis-je.—Oui, vous avez raison, dit tout haut M. Boissy d'Anglas, elle n'est percée et ouverte que depuis peu de jours, et bien heureusement peut-être pour ma gloire. Car, qui peut savoir ce que j'aurais fait, si j'avais eu derrière moi cette porte prête à s'ouvrir pour ma retraite? Peut-être aurais-je cédé à la tentation.» Voilà bien, ajoutait M. Pasquier, le mot d'un vrai brave! Il avoue sans rougir que la peur est possible à l'homme. Il n'y a que ceux qui se croient capables d'être faibles qui ne le sont pas, et il n'y a aussi que ceux-là qui sont indulgents pour les faibles.»
[107]: Louis-Marie-Stanislas Fréron (1754-1802), fils du célèbre critique de l'Année littéraire et neveu de l'abbé Royou, le rédacteur de l'Ami du roi. Député de Paris à la Convention, et l'un des membres les plus exaltés de la Montagne, il fut, après le 31 mai, désigné avec Barras, Saliceti et Robespierre le jeune, comme commissaire auprès de l'armée chargée de reprendre Marseille sur les insurgés. À Marseille, et plus tard à Toulon, il se signala par d'abominables cruautés. Après la chute de Robespierre, il revendiqua le titre de Thermidorien et quitta la Montagne pour aller siéger au côté droit. Autrefois, dans l'Orateur du peuple, il avait rivalisé de fureur révolutionnaire avec Marat; il devient maintenant, toujours dans l'Orateur du peuple, le défenseur des contre-révolutionnaires. À la tête d'une bande de jeunes aristocrates, parés d'habits élégants, coiffés en cadenettes et la tête ornée de poudre—la Jeunesse dorée de Fréron,—il parcourt la ville en insultant et en malmenant «les patriotes» aux accents du Réveil du peuple, chanson royaliste à la mode. Puis voici qu'après le 13 vendémiaire, quand les royalistes sont vaincus, il revient à la Montagne. Tel est l'homme qui faillit épouser Pauline Bonaparte, et devenir le beau-frère du futur Empereur. On lira, dans Napoléon et sa famille (tome I, p. 150-163) les curieux détails que donne M. Frédéric Masson sur les amours de Paulette et de Fréron. Bonaparte, après le 18 brumaire, donna à son beau-frère manqué une place modeste dans l'administration des hospices, puis, en 1802, le nomma sous-préfet de l'un des arrondissements de Saint-Domingue. Fréron, pour se rendre à son poste, partit avec le général Leclerc,—et avec Paulette, devenue Mme Leclerc, en attendant d'être la princesse Borghèse. À peine arrivé à destination, il succomba victime des rigueurs du climat.
[108]: Andoche Junot, duc d'Abrantès (1771-1813). Ami du général Bonaparte, qu'il avait connu au siège de Toulon, il fut emmené par lui en Égypte; général de division en 1801, il devint commandant et gouverneur de Paris (1804). Mis en 1807 à la tête de l'armée dirigée contre le Portugal, il s'empara facilement de ce royaume et fut créé duc d'Abrantès; mais, l'année suivante, à la suite de la défaite de Vimeiro, il dut signer la capitulation de Cintra et abandonner sa conquête. Cet insuccès lui valut la disgrâce de Napoléon; il fut cependant admis à prendre part à la guerre d'Espagne (1810) et à la campagne de Russie. En 1813, il fut nommé gouverneur des provinces illyriennes. Tomber gouverneur à Trieste, après avoir été à la veille—il le croyait du moins—d'être roi à Lisbonne, le coup était rude. Le malheureux perdit la raison. Ramené en France, il mourut à Montbard le 27 juillet 1813.—Voir sur lui les Mémoires de sa femme et surtout les Mémoires du général Thiébault, tomes II, III, IV et V.
[109]: José Marchena (1768-1821). Poursuivi en Espagne par l'Inquisition pour des écrits clandestins, il se réfugia en France, fut accueilli par Marat et collabora à l'Ami du peuple. De Marat il passa aux Girondins, en attendant de passer aux royalistes sous le Directoire. Ses écrits contre-révolutionnaires le firent expulser de France en 1797. En 1800, secrétaire de Moreau à l'armée du Rhin, il s'amusa à composer en latin un morceau érotique qu'il attribua à Pétrone. Un grand nombre de savants se laissèrent prendre à cette supercherie, qu'il renouvela du reste en 1806 à propos de Catulle. Il a traduit en espagnol les Lettres persanes de Montesquieu, les Contes de Voltaire et la Nouvelle Héloïse de Rousseau.
[110]: Charles-Jean-Dominique de Lacretelle, dit le Jeune (1766-1855). Membre de l'Académie française, auteur de nombreuses publications historiques sur les Guerres de Religion, le XVIIIe siècle, la Révolution, le Consulat, l'Empire et la Restauration. On lui doit en outre de très intéressants Mémoires, parus en 1842 sous ce titre: Dix années d'épreuves pendant la Révolution.
[111]: Auguste Danican (1763-1848). Après avoir servi contre les Vendéens en 1793 et 1794, et s'être fait battre en maintes rencontres, il fut destitué, pour être bientôt replacé et envoyé à Rouen. Après le 13 vendémiaire, il se réfugia en Angleterre, où il publia contre les hommes de la Révolution un très curieux écrit intitulé: les Brigands démasqués (1796). À la chute de l'Empire, il rentra en France, mais n'ayant pu obtenir d'être réintégré dans les cadres de l'armée, il retourna à Londres et finit par se fixer dans le Holstein, où il termina obscurément ses jours au mois de décembre 1848.