[514]: M. de La Fayette confirme, dans des Mémoires précieux pour les faits que l'on a publiés depuis sa mort, la rencontre singulière de son opinion et de la mienne au retour de Bonaparte. M. de La Fayette aimait sincèrement l'honneur et la liberté. (Note de Paris, 1840.) Ch.
[515]: Ordonnance royale du 6 mars, déclarant Bonaparte traître et rebelle et enjoignant à tout militaire, garde national ou simple citoyen «de lui courir sus».—Moniteur, 7 mars.
[516]: Alexandre-Maurice Blanc de la Nautte d'Hauterive (1754-1830). Il fut, sous le Directoire, l'Empire et la Restauration, le principal collaborateur de Talleyrand. Il rédigea, pendant qu'il était aux affaires, 62 traités politiques et commerciaux. On lui doit plusieurs écrits, dont le plus remarquable, publié en 1800, a pour titre: De l'état de la France à la fin de l'an VIII.
[517]: Postérieurement à l'époque où Chateaubriand écrivait ces lignes, le chevalier Artaud de Montor a publié l'Histoire de la Vie et des travaux du comte d'Hauterive. On y trouve de curieux détails sur cet épisode de 1815. Le général de Grouchy avait d'abord reçu de la bouche d'un des hommes de confiance de l'Empereur l'ordre de partir pour le Midi, où le duc d'Angoulême commandait quelques milliers d'hommes, de le prendre et de le faire fusiller sur-le-champ. Le général s'était récrié contre cette commission, déclarant qu'il ferait la guerre en homme d'honneur, et non en sauvage, et qu'avant de partir il verrait l'Empereur pour le lui dire. L'Empereur ne manifesta ni mécontentement ni surprise, il n'avoua ni ne désavoua l'ordre: «Vous irez, dit-il, dans le Midi, vous acculerez le prince à la mer jusqu'à ce qu'il s'embarque. Partez.» Puis il rappela M. de Grouchy et, d'un ton assuré et ferme, lui dit: «Souvenez-vous surtout de l'ordre que vous recevez de moi: si vous prenez le prince, gardez-vous bien qu'il tombe un cheveu de sa tête.» Après un moment et le signe d'une profonde réflexion: «Non, vous garderez le prince jusqu'à ce que je sois informé et que vous receviez mes ordres.» Le général partit. (Vie du comte d'Hauterive, page 398.—1839.)
[518]: L'article de Benjamin Constant parut dans le Journal des Débats du 19 mars. Voici la fin de cette éloquente philippique, de cet inoubliable article,—que seul, son auteur devait, dès le lendemain, oublier: «Du côté du Roi, la liberté constitutionnelle, la sûreté, la paix; du côté de Bonaparte, la servitude, l'anarchie et la guerre. Qui pourrait hésiter? Quel peuple serait plus digne que nous de mépris si nous lui tendions les bras? Nous deviendrions la risée de l'Europe après en avoir été la terreur ...; et, du sein de cette abjection profonde, qu'aurions-nous à dire à ce Roi que nous aurions pu ne pas rappeler, car les puissances voulaient respecter l'indépendance du vœu national? ... Lui dirions-nous: Vous avez cru aux Français, vous êtes venu au milieu de nous, seul et désarmé...; si vos ministres ont commis beaucoup de fautes, vous avez été noble, bon, sensible; une année de votre règne n'a pas fait répandre autant de larmes, qu'un seul jour du règne de Bonaparte. Mais, il reparaît sur l'extrémité de notre territoire, il reparaît, cet homme teint de notre sang et poursuivi naguère par nos malédictions unanimes. Il se montre, il menace, et ni les serments ne nous retiennent, ni votre confiance ne nous attendrit, ni votre vieillesse ne nous frappe de respect! Vous avez cru trouver une nation, vous n'avez trouvé qu'un troupeau d'esclaves. Parisiens, tel ne sera pas votre langage, tel ne sera pas du moins le mien. J'ai vu que la liberté était possible sous la Monarchie, j'ai vu le Roi se rallier à la nation. Je n'irai pas, misérable transfuge, me traîner d'un pouvoir à l'autre, couvrir l'infamie par le sophisme et balbutier des mots profanés pour racheter une vie honteuse!»
[519]: C'est le 7 mars que le maréchal Ney, après avoir baisé la main du roi, lui avait dit: «Sire, j'espère bien venir à bout de le ramener dans une cage de fer.» Louis XVIII, qui avait le sentiment des convenances, dit à mi-voix après le départ de Ney: «Je ne lui en demandais pas tant!» (Souvenirs du baron de Barante, II, 105).—Ney arriva le 10 mars à Besançon, siège de son commandement. Tout fier encore de ses paroles au roi, il les répéta au sous-préfet de Poligny, et celui-ci ayant objecté que mieux vaudrait le ramener mort dans un tombereau, le maréchal reprit: «—Non, vous ne connaissez pas Paris; il faut que les Parisiens voient.» Il disait encore: «—C'est bien heureux que l'homme de l'île d'Elbe ait tenté sa folle entreprise, car ce sera le dernier acte de sa tragédie, le dénouement de la Napoléonade.» Toutes ses paroles révélaient l'exaltation et même la haine: «—Je fais mon affaire de Bonaparte, répétait-il, nous allons attaquer la bête fauve.» Henry Houssaye, 1815, tome II, p. 301.
[520]: Pierre-Louis-Jean-Casimir, duc de Blacas d'Aulps (1771-1839). Capitaine de cavalerie au moment de la Révolution, il émigra dès 1790, et servit à l'armée de Condé et en Vendée. Étant passé en Italie, il obtint la confiance du comte de Provence (depuis Louis XVIII), confiance qu'il justifia par le service le plus constant et le plus désintéressé. Il suivit Louis XVIII à Mittau et à Hartwell et ne rentra en France qu'avec lui. Les titres de ministre de la maison du roi, de grand-maître de la garde-robe, d'intendant des bâtiments récompensèrent alors son dévouement. À la seconde Restauration, le roi, qu'il avait accompagné à Gand le fit pair de France, ambassadeur à Naples, puis à Rome. Il fut créé duc le 30 avril 1821. M. de Blacas, qui après 1830 avait voulu une fois encore partager l'exil de ses princes, mourut à Prague le 17 novembre 1839.
[521]: Louis-François Bertin de Vaux (1771-1842) fut l'un des fondateurs du Journal des Débats, ce qui ne l'empêcha pas d'être agent de change, de créer (1801) une maison de banque à Paris et de siéger comme juge et comme vice-président au Tribunal de Commerce de la Seine (1805). Député de Versailles sous la Restauration, il accepta la place de conseiller d'État lorsque Chateaubriand entra dans le premier ministère Villèle, et il démissionna le jour où Chateaubriand se vit arracher son portefeuille. Rentré au Conseil d'État sous le ministère Martignac, il se retira de nouveau à l'avènement du cabinet Polignac et fit partie des 221. Il fut nommé pair de France le 11 octobre 1832. Ses fonctions publiques ne l'empêchèrent pas de continuer jusqu'à sa mort, au Journal des Débats, sa très active direction.
[522]: Amédée-Bretagne-Malo de Durfort, duc de Duras (1771-1838). Premier gentilhomme de la Chambre du roi, il accompagna Louis XVIII à Gand et revint avec lui. Il avait été nommé pair de France le 4 juin 1814; après la Révolution de 1830, il se retira de la vie politique.
[523]: Les autres ministres étaient: M. Louis, aux Finances; le duc de Feltre, à la Guerre; M. Beugnot, à la Marine; M. Dambray, chancelier de France; M. de Jaucourt, aux Affaires étrangères, par intérim, le prince de Talleyrand étant à Vienne. M. de Blacas était ministre de la maison du Roi. M. de Lally-Tolendal avait par intérim le portefeuille de l'Instruction publique.