«Augereau: beaucoup de caractère, de courage, de fermeté, d'activité; est aimé du soldat, heureux dans ses opérations.

«Masséna: actif, infatigable, a de l'audace, du coup d'œil et de la promptitude à se décider.

«Sérurier: se bat en soldat, ne prend rien sur lui; ferme; n'a pas assez bonne opinion de ses troupes; est malade.

«Despinois: mou, sans activité, sans audace, n'a pas l'état de la guerre, n'est pas aimé du soldat, ne se bat pas à sa tête; a d'ailleurs de la hauteur, de l'esprit et des principes politiques sains; bon à commander dans l'intérieur.

«Sauret: bon, très bon soldat, pas assez éclairé pour être général; peu heureux.

«Abbatucci: pas bon à commander cinquante hommes, etc., etc.»

Bonaparte écrit au chef des Maïnottes: «Les Français estiment le petit, mais brave peuple qui, seul de l'ancienne Grèce, a conservé sa vertu, les dignes descendants de Sparte, auxquels il n'a manqué pour être aussi renommés que leurs ancêtres que de se trouver sur un plus vaste théâtre.» Il instruit l'autorité de la prise de possession de Corfou: «L'île de Corcyre», remarque-t-il, «était, selon Homère, la patrie de la princesse Nausicaa.» Il envoie le traité de paix conclu avec Venise. «Notre marine y gagnera quatre ou cinq vaisseaux de guerre, trois ou quatre frégates, plus trois ou quatre millions de cordages.—Qu'on me fasse passer des matelots français ou corses, mande-t-il; je prendrai ceux de Mantoue et de Guarda.—Un million pour Toulon, que je vous ai annoncé, part demain; deux millions, etc., formeront la somme de cinq millions que l'armée d'Italie aura fournie depuis la nouvelle campagne.—J'ai chargé ... de se rendre à Sion pour chercher à ouvrir une négociation avec le Valais.—J'ai envoyé un excellent ingénieur pour savoir ce que coûterait cette route à établir (le Simplon) ... J'ai chargé le même ingénieur de voir ce qu'il faudrait pour faire sauter le rocher dans lequel s'enfuit le Rhône, et par là rendre possible l'exploitation des bois du Valais et de la Savoie.» Il donne avis qu'il fait partir de Trieste un chargement de blé et d'aciers pour Gênes. Il fait présent au pacha de Scutari de quatre caisses de fusils, comme une marque de son amitié. Il ordonne de renvoyer de Milan quelques hommes suspects et d'en arrêter quelques autres. Il écrit au citoyen Grogniard, ordonnateur de la marine à Toulon: «Je ne suis pas votre juge, mais si vous étiez sous mes ordres, je vous mettrais aux arrêts pour avoir obtempéré à une réquisition ridicule.» Une note remise au ministre du pape dit: «Le pape pensera peut-être qu'il est digne de sa sagesse, de la plus sainte des religions, de faire une bulle ou mandement qui ordonne aux prêtres obéissance au gouvernement.»

Tout cela est mêlé de négociations avec les républiques nouvelles, des détails des fêtes pour Virgile et Arioste, des bordereaux explicatifs des vingt tableaux et des cinq cents manuscrits de Venise; tout cela a lieu à travers l'Italie assourdie du bruit des combats, à travers l'Italie devenue une fournaise où nos grenadiers vivaient dans le feu comme des salamandres.

Pendant ces tourbillons d'affaires et de succès advint le 18 fructidor[129], favorisé par les proclamations de Bonaparte et les délibérations de son armée, en jalousie de l'armée de la Meuse. Alors disparut celui qui, peut-être à tort, avait passé pour l'auteur des plans des victoires républicaines; on assure que Danissy, Lafitte, d'Arçon, trois génies militaires supérieurs, dirigeaient ces plans: Carnot se trouva proscrit par l'influence de Bonaparte.

Le 17 octobre, celui-ci signe le traité de paix de Campo-Formio[130]: la première guerre continentale de la Révolution finit à trente lieues de Vienne.