Desaix fut inhumé sur le haut des Alpes, à l'hospice du Mont-Saint-Bernard, comme Napoléon sur les mornes de Sainte-Hélène.
Kléber assassiné trouva la mort en Égypte, de même que Desaix la rencontra en Italie. Après le départ du commandant en chef, Kléber avec onze mille hommes défait cent mille Turcs sous les ordres du grand vizir, à Héliopolis[194], exploit auquel Napoléon n'a rien à comparer.
Le 16 juin, convention d'Alexandrie. Les Autrichiens se retirent sur la rive gauche du bas Pô. Le sort de l'Italie est décidé dans cette campagne appelée de trente jours.
Le triomphe d'Hochstedt obtenu par Moreau[195] console l'ombre de Louis XIV[196]. Cependant l'armistice entre l'Allemagne et l'Italie, conclu après la bataille de Marengo, était dénoncé le 20 octobre 1800.
Le 3 décembre amena la victoire de Hohenlinden au milieu d'une tempête de neige; victoire encore obtenue par Moreau, grand général sur qui dominait un autre grand génie. Le compatriote de Du Guesclin marche sur Vienne. À vingt-cinq lieues de cette capitale, il conclut la suspension d'armes de Steyer[197] avec l'archiduc Charles. Après la bataille de Pozzolo, le passage du Mincio, de l'Adige et de la Brenta, survient, le 9 février 1801, le traité de paix de Lunéville.
Et il n'y avait pas neuf mois que Napoléon était au bord du Nil! Neuf mois lui avaient suffi pour renverser la révolution populaire en France et pour écraser les monarchies absolues en Europe.
Je ne sais plus si c'est à cette époque qu'il faut placer une anecdote que l'on trouve dans des mémoires familiers, et si cette anecdote mérite la peine d'être rappelée; mais il ne manque pas d'historiettes sur César; la vie n'est pas toute en plaine, on monte quelquefois, on descend souvent: Napoléon avait reçu dans son lit, à Milan, une Italienne de seize années, belle comme le jour; au milieu de la nuit il la renvoya, de même qu'il aurait fait jeter par la fenêtre un bouquet de fleurs.
Une autre fois, une de ces belles printanières s'était glissée dans le palais qu'il habitait; elle y pénétrait à trois heures du matin, faisait le sabbat et roulait ses jeunes années sur la tête du lion, ce jour-là plus patient.
Ces plaisirs, loin d'être l'amour, n'avaient même pas une vraie puissance sur un homme de la mort: il aurait incendié Persépolis pour son propre compte, non pour les joies d'une courtisane. «François Ier, dit Tavannes, voit les affaires quand il n'a plus de femmes; Alexandre voit les femmes quand il n'a plus d'affaires.»
Les femmes, en général, détestaient Bonaparte comme mères; elles l'aimaient peu comme femmes, parce qu'elles n'en étaient pas aimées: sans délicatesse, il les insultait[198], ou ne les recherchait que pour un moment[199]. Il a inspiré quelques passions d'imagination après sa chute: en ce temps-ci, et pour un cœur de femme, la poésie de la fortune est moins séduisante que celle du malheur; il y a des fleurs de ruines.