LETTRE À M. LE COMTE DE LA FERRONNAYS
«Rome, ce 30 novembre 1828.
«Dans votre lettre particulière du 10 de novembre, mon noble ami, vous me disiez:
«Je vous adresse un court résumé de notre situation politique, et vous serez assez aimable pour me faire connaître en retour vos idées, toujours si bonnes à connaître en pareille matière.»
Votre amitié, noble comte, me juge avec trop d'indulgence; je ne crois pas du tout vous éclairer en vous envoyant le mémoire ci-joint: je ne fais que vous obéir.»
MÉMOIRE
PREMIÈRE PARTIE.
«À la distance où je suis du théâtre des événements et dans l'ignorance presque totale où je me trouve de l'état des négociations, je ne puis guère raisonner convenablement. Néanmoins, comme j'ai depuis longtemps un système arrêté sur la politique extérieure de la France, comme j'ai pour ainsi dire été le premier à réclamer l'émancipation de la Grèce, je soumets volontiers, noble comte, mes idées à vos lumières.
«Il n'était point encore question du traité du 6 juillet[85] lorsque je publiai ma Note sur la Grèce. Cette Note renfermait le germe du traité: je proposais aux cinq grandes puissances de l'Europe d'adresser une dépêche collective au divan pour lui demander impérativement la cessation de toute hostilité entre la Porte et les Hellènes. Dans le cas d'un refus, les cinq puissances auraient déclaré qu'elles reconnaissaient l'indépendance du gouvernement grec, et qu'elles recevraient les agents diplomatiques de ce gouvernement.
«Cette Note fut lue dans les divers cabinets. La place que j'avais occupée comme ministre des affaires étrangères donnait quelque importance à mon opinion: ce qu'il y a de singulier, c'est que le prince de Metternich se montra moins opposé à l'esprit de ma Note que M. Canning.