«Quelles conditions l'empereur Nicolas mettra-t-il à la paix?

«Dans son manifeste, il déclare qu'il renonce à des conquêtes, mais il parle d'indemnités pour les frais de la guerre: cela est vague et peut mener loin.

«Le cabinet de Saint-Pétersbourg, prétendant régulariser les traités d'Akkerman et d'Yassy, demandera-t-il: 1o l'indépendance complète des deux principautés; 2o la liberté du commerce dans la mer Noire, tant pour la nation russe que pour les autres nations; 3o le remboursement des sommes dépensées dans la dernière campagne?

«D'innombrables difficultés se présentent à la conclusion d'une paix sur ces bases.

«Si la Russie veut donner aux principautés des souverains de son choix, l'Autriche regardera la Moldavie et la Valachie comme deux provinces russes, et s'opposera à cette transaction politique.

«La Moldavie et la Valachie passeront-elles sous la domination d'un prince indépendant de toute grande puissance, ou d'un prince installé sous le protectorat de plusieurs souverains?

«Dans ce cas, Nicolas préférerait des hospodars nommés par Mahmoud, car les principautés, ne cessant pas d'être turques, demeureraient vulnérables aux armes de la Russie.

«La liberté du commerce de la mer Noire, l'ouverture de cette mer à toutes les flottes de l'Europe et de l'Amérique, ébranleraient la puissance de la Porte dans ses fondements. Octroyer le passage des vaisseaux de guerre sous Constantinople, c'est, par rapport à la géographie de l'empire ottoman, comme si l'on reconnaissait le droit à des armées étrangères de traverser en tout temps la France le long des murs de Paris.

«Enfin, où la Turquie prendrait-elle de l'argent pour payer les frais de la campagne? Le prétendu trésor des sultans est une vieille fable. Les provinces conquises au delà du Caucase pourraient être, il est vrai, cédées comme hypothèque de la somme demandée: des deux armées russes, l'une, en Europe, me semble être chargée des intérêts de l'honneur de Nicolas; l'autre, en Asie, de ses intérêts pécuniaires. Mais si Nicolas ne se croyait pas lié par les déclarations de son manifeste, l'Angleterre verrait-elle d'un œil indifférent le soldat moscovite s'avancer sur la route de l'Inde? N'a-t-elle pas déjà été alarmée, lorsqu'en 1827 il a fait un pas de plus dans l'empire persan?

«Si la double difficulté qui naît et de la mise à exécution du traité, et de la pertinence des conditions d'une paix entre la Turquie et la Russie; si cette double difficulté rendait inutiles les efforts tentés pour vaincre tant d'obstacles; si une seconde campagne s'ouvrait au printemps, les puissances de l'Europe prendraient-elles parti dans la querelle? Quel serait le rôle que devrait jouer la France? C'est ce que je vais examiner dans la seconde partie de cette Note