«L'Angleterre prêterait-elle des vaisseaux à la France?
«La France est encore, après l'Angleterre, la première puissance maritime de l'Europe; elle a plus de vaisseaux qu'il ne lui en faut pour détruire, s'il le fallait, les forces navales de la Russie.
«L'Angleterre nous fournirait-elle des subsides?
«L'Angleterre n'a point d'argent; la France en a plus qu'elle, et les Français n'ont pas besoin d'être à la solde du Parlement britannique.
«L'Angleterre nous assisterait-elle de soldats et d'armes?
«Les armes ne manquent point à la France, encore moins les soldats.
«L'Angleterre nous assurerait-elle un accroissement de territoire insulaire ou continental?
«Où prendrons-nous cet accroissement, si nous faisons, au profit du Grand Turc, la guerre à la Russie? Essayerons-nous des descentes sur les côtes de la mer Baltique, de la mer Noire et du détroit de Behring? Aurions-nous une autre espérance? Penserions-nous à nous attacher l'Angleterre afin qu'elle accourût à notre secours si jamais nos affaires intérieures venaient à se brouiller?
«Dieu nous garde d'une telle prévision et d'une intervention étrangère dans nos affaires domestiques! L'Angleterre, d'ailleurs, a toujours fait bon marché des rois et de la liberté des peuples; elle est toujours prête à sacrifier sans remords monarchie ou république à ses intérêts particuliers. Naguère encore, elle proclamait l'indépendance des colonies espagnoles, en même temps qu'elle refusait de reconnaître celle de la Grèce; elle envoyait ses flottes appuyer les insurgés du Mexique, et faisait arrêter dans la Tamise quelques chétifs bateaux à vapeur destinés pour les Hellènes; elle admettait la légitimité des droits de Mahmoud, et niait celle des droits de Ferdinand; vouée tour à tour au despotisme ou à la démocratie, selon le vent qui amenait dans ses ports les vaisseaux des marchands de la cité.
«Enfin, en nous associant aux projets guerriers de l'Angleterre et de l'Autriche contre la Russie, où irions-nous chercher notre ancien adversaire d'Austerlitz? il n'est point sur nos frontières. Ferions-nous donc partir à nos frais cent mille hommes bien équipés, pour secourir Vienne ou Constantinople? Aurions-nous une armée à Athènes pour protéger les Grecs contre les Turcs, et une armée à Andrinople pour protéger les Turcs contre les Russes? Nous mitraillerions les Osmanlis en Morée, et nous les embrasserions aux Dardanelles? Ce qui manque de sens commun dans les affaires humaines ne réussit pas.