«M. le cardinal de Clermont-Tonnerre, descendu chez moi, entre aujourd'hui au conclave; c'est le siècle des merveilles. J'ai auprès de moi le fils du maréchal Lannes et le petit-fils du chancelier[153]: messieurs du Constitutionnel dînent à ma table auprès de messieurs de la Quotidienne. Voilà l'avantage d'être sincère; je laisse chacun penser ce qu'il veut, pourvu qu'on m'accorde la même liberté; je tâche seulement que mon opinion ait la majorité, parce que je la trouve, comme de raison, meilleure que les autres. C'est à cette sincérité que j'attribue le penchant qu'ont les opinions les plus divergentes à se rapprocher de moi. J'exerce envers elles le droit d'asile: on ne peut les saisir sous mon toit.»
À M. LE DUC DE BLACAS[154].
«Rome, 24 mars 1829.
«Je suis bien fâché, monsieur le duc, qu'une phrase de ma lettre ait pu vous causer quelque inquiétude. Je n'ai point du tout à me plaindre d'un homme de sens et d'esprit (M. Fuscaldo[155]), qui ne m'a dit que des lieux commun de diplomatie. Nous autres ambassadeurs, disons-nous autre chose? Quant au cardinal dont vous me faites l'honneur de me parler, le gouvernement français n'a désigné particulièrement personne; il s'en est entièrement rapporté à ce que je lui ai mandé. Sept ou huit cardinaux modérés et pacifiques, qui semblent attirer également les vœux de toutes les cours, sont les candidats entre lesquels nous désirons voir se fixer les suffrages. Mais si nous n'avons pas la prétention d'imposer un choix à la majorité du conclave, nous repoussons de toutes nos forces et par tous les moyens trois ou quatre cardinaux fanatiques, intrigants ou incapables, que porte la minorité.
«Je n'ai, monsieur le duc, aucun moyen possible de vous faire passer cette lettre; je la mets donc tout simplement à la poste, parce qu'elle ne renferme rien que vous et moi ne puissions avouer tout haut.
«J'ai l'honneur, etc.»
À MADAME RÉCAMIER.
«Rome, le 31 mars 1829.
«M. de Montebello est arrivé et m'a apporté votre lettre avec une lettre de M. Bertin et de M. Villemain.
«Mes fouilles vont bien, je trouve force sarcophages vides; j'en pourrai choisir un pour moi, sans que ma poussière soit obligée de chasser celle de ces vieux morts que le vent a déjà emportée. Les sépulcres dépeuplés offrent le spectacle d'une résurrection et pourtant ils n'attendent qu'une mort plus profonde. Ce n'est pas la vie, c'est le néant qui a rendu ces tombes désertes.