Le pauvre sauvage, après avoir couru à pied toute la journée par monts et par vaux à la recherche du gibier, revenu le soir à la maison, pliant sous le poids de sa chasse et brisé de fatigue, se couchait dans sa tente pour se reposer. On comprend alors que les femmes et les autres membres de la famille se soient empressés de le réconforter, puisqu’ils vivaient de ses fatigues.

Poussés par la faim, les Indiens tâchaient de se procurer la chair du buffalo par toutes sortes de stratagèmes. Le principal consistait à faire tomber ces animaux dans des précipices. Par ce moyen, ils en tuaient plus d’une centaine à la fois. On rencontre encore dans les prairies de longues allées de pierres, qui toutes conduisent au précipice vers lequel on poussait le troupeau.

On rencontre aussi dans les plaines des cercles qui indiquent les campements d’une race très ancienne. Quand les Indiens dressent leur tente arrondie, ils amoncellent tout autour des pierres pour les maintenir contre le vent et empêcher l’accès des serpents, des rats et autres animaux semblables. Lorsqu’ils décampent, ils enlèvent les tentes et laissent les pierres à leur place. L’ancienneté de ces campements se déduit de la petitesse des cercles; ils n’ont en effet que deux ou trois mètres de diamètre, tandis que les tentes des Indiens actuels sont beaucoup plus larges.

II.

Les premiers chevaux.

L’introduction des chevaux parmi les Pieds-Noirs du Montana ou Piégans ne remonte pas à plus de deux cents ans; ils leur vinrent des tribus voisines. Habitués à se servir de chiens pour leurs transports, ils furent stupéfaits de voir les chevaux rapides comme les cerfs rendre les mêmes services que les chiens; et ils appelèrent le cheval cerf-chien (punoko-mita).

Les chevaux facilitèrent aux sauvages la chasse et les voyages, mais devinrent la cause de bien des calamités. Les Indiens, avides de se procurer ces précieux auxiliaires, pensèrent que le meilleur moyen était de les voler aux tribus ennemies. Il s’en suivit d’interminables guerres, et il n’y eut plus de sécurité; la plus grande partie des hommes valides furent tués dans ces guerres; fort peu arrivaient à une vieillesse avancée. Leurs batailles n’étaient d’ordinaire que de simples escarmouches, parce que les bandes de guerriers ne comptaient guère que de sept à huit hommes. Ils ne se battaient qu’en rase campagne; leur petit nombre leur permettait de se cacher facilement et de se glisser à travers la brousse pour surprendre l’ennemi, le tuer, ravir le butin et s’échapper.

Quand l’expédition n’avait pour but que de voler des chevaux, les guerriers, arrivés en territoire ennemi, se cachaient au sommet d’une colline des journées entières, épiant tous les alentours, et la nuit venue, ils descendaient dans la plaine et s’enfuyaient avec tous les chevaux qu’ils avaient pu réunir.

Pour mieux se cacher dans leurs expéditions, ils voyageaient d’ordinaire à pied, portant avec leurs armes une longue corde faite de lanières de cuir. Arrivés de nuit à l’endroit où étaient les chevaux des ennemis, ils faisaient un large nœud coulant à une extrémité de la corde, et à quelques pas du cheval, avec la main élevée au-dessus de leur tête, ils faisaient tourner rapidement le lazzo, décrivant ainsi dans l’air un cercle horizontal, et le lançaient avec tant d’adresse que la corde s’abattait sur le cou du cheval comme un collier. Ils tiraient alors la corde et, s’approchant de la bête à demi étranglée, ils lui mettaient dans la bouche l’autre extrémité de la corde, la fixant avec un nœud sous la mâchoire inférieure, et avec cette bride improvisée l’homme sautait à cheval; après s’être emparés ainsi du plus grand nombre de chevaux possible, ils retournaient à toute vitesse à leur campement. Cependant les propriétaires des chevaux s’apercevant du vol, entraient en fureur: de toutes les parties du camp s’élevait un concert de malédictions. C’était le moment pour les jeunes guerriers d’entrer en scène.

A l’aspect des traces laissées par les chevaux et à d’autres signes, ils jugent bien vite de la distance parcourue par les fugitifs et retrouvent les endroits où ils se sont arrêtés pour se reposer, eux et leurs chevaux; parfois ils rencontrent un cheval qui n’a pu suivre les autres et retourne lentement vers le camp. Si les larrons, trop confiants en eux-mêmes, ralentissent le pas, ou si, vaincus par la fatigue, ils s’abandonnent au sommeil et ne peuvent regagner le temps perdu, ils sont bientôt rejoints par ceux qui les poursuivent; ceux-ci se cachent, prenant un chemin détourné à travers la brousse, et cherchent à les surprendre par ruse. Ils leur barrent la route dans un passage étroit qu’ils ne peuvent éviter; ou bien ils s’approchent à pied de buisson en buisson, et tout à coup tombent sur eux, les tuent et ramènent tous leurs chevaux. Si l’embuscade est impossible, et que les voleurs soient surpris en route, la bataille s’engage et les vainqueurs s’emparent du butin contesté.