Mme Corneuil s'assit sur un banc; il se laissa tomber à ses pieds, et posant ses coudes sur des genoux adorés, les mains dans les mains, il resta quelque temps à la manger des yeux. Il n'y avait que la largeur d'une route entre la charmille et le lac; ils entendaient la vague qui causait tout bas avec la grève; elle balbutiait des mots d'amour, elle racontait des joies et des mystères qu'aucune langue humaine ne peut dire.
Après un long silence:
«Les grands bonheurs sont toujours inquiets, toujours sur le qui-vive, reprit Mme Corneuil; tout les effarouche, ils ont peur de tout. Je vous en supplie, débarrassez-nous de ce diplomate. Je n'ai jamais aimé les diplomates; des préjugés, des intérêts, des calculs, des vanités, ils ne voient que cela dans le monde.
—Vos volontés me sont sacrées, lui dit-il, et, dussé-je me brouiller à jamais avec lui, je ferai tout ce qu'il vous plaira, quoique je lui aie toujours rendu l'amitié qu'il me porte.
—Oui, renvoyez-le dans sa famille, qui nous en voudrait de l'accaparer. Qu'il retourne bien vite lui raconter ses histoires!
—Permettez, sa famille, c'est moi; il est garçon ou plutôt veuf depuis trente ans et sans fils ni fille. Mais que m'importe son héritage!»
A ces mots, Mme Corneuil sortit de son extase, et dressant l'oreille comme un chien qui flaire une piste inattendue:
«Son héritage! Vous êtes son héritier! Vous ne m'en avez jamais rien dit.
—Et à quel propos vous l'aurais-je dit? L'argent, qu'est-ce que l'argent?... Mon trésor, le voici, ajouta-t-il en essayant de prendre un second baiser, qu'elle lui refusa sagement, car il ne faut abuser de rien.
—Ce sont de lâches misères que les questions d'argent, dit-elle... Est-il très riche, le marquis?