—J'en ai une autre. Tu n'es pas de son âge.

—Elle a dix-sept mois deux semaines et trois jours de plus que moi. Est-ce la peine d'en parler?

—Je veux croire que ton compte est juste; je connais ta rigoureuse exactitude en toute espèce de calculs. Mais cette femme a l'esprit mûr, et tu n'es et ne seras toute ta vie qu'un enfant. C'est bien de toi qu'on pourra dire comme de l'évêque d'Avranches: «Quand donc monseigneur aura-t-il fini ses études?» Si tu étais dans les affaires, dans la diplomatie, dans la politique, je te dirais: «Épouse ce phénix, tu es sûr de ton avenir.» Mais ce perpétuel étudiant épouser une Mme Corneuil, là, c'est absurde. Tu te flattes de lui communiquer tes goûts et tes fureurs, qui ne lui inspirent qu'une indulgente pitié. Quand tu lui parles de Manéthon, tu l'assommes; mais comme elle a tous les talents, elle a celui de dormir sans qu'on s'en aperçoive.

—Est-ce tout, mon cher oncle?

—Mon doux ami, je te fais grâce du reste.

—Et vous n'attendez pas que je prenne la peine de vous répondre?

—Je t'en dispense; ma conviction est faite.

—Avez-vous écrit à ma mère?

—Pas encore, je ne sais que lui écrire. Mon embarras est extrême.

—S'il vous en souvient, vous m'avez donné votre parole d'oncle et de gentilhomme que vous ne feriez rien à mon insu.