—Tu es injuste, très injuste, il a plusieurs genres de mérite. D'abord il est marquis, l'autre n'est que comte, et les comtes courent les rues. Ensuite il n'a pas soixante mille livres de rente, il en a plus du triple.

—Deux cent mille, dit Mme Corneuil. A quoi vous arrêtez-vous là?

—Autre avantage: s'il lui plaisait de convoler, il n'aurait pas besoin de faire agréer son mariage à sa mère. Nous aurons beau faire, Mme de Penneville ne nous agréera jamais. Tu verras qu'elle se brouillera avec son fils, et ce sera une mauvaise note pour toi. Le monde en pareil cas prend toujours le parti des mères. Et puis M. de Miraval n'est pas un antiquaire, c'est un homme du monde et, qui plus est, un grand ambitieux. Il a formé le projet de rentrer dans la vie politique; avant peu de mois, il sera député ou sénateur, à son choix.

—Qui vous l'a dit?

—Lui-même, et il ajoutait que son seul chagrin est de n'être pas marié, parce qu'il aura besoin d'avoir un salon, et, sans femme, point de salon. L'autre n'a de goût que pour les caveaux, et il ne soupire qu'après son cher Memphis, où il t'emmènera.

—Vous savez bien, répondit-elle vivement, qu'Horace fera ce qui me plaira.

—Ne t'y fie pas. M. de Miraval le définit un doux entêté. Bon Dieu! qu'irons-nous faire en Égypte, nous qui considérons la vie comme une mission, comme un apostolat?... Le moyen d'exercer sa mission au fond d'un hypogée!

—Sur quelle herbe avez-vous marché ce soir?» dit Mme Corneuil, en secouant sa belle tête de muse ennuyée et en plissant ses lèvres de Junon, d'une Junon qui n'a pas encore rencontré son Jupiter.

Mme Véretz tirait l'aiguille et fredonnait tout bas une ariette. Ce fut Mme Corneuil qui renoua l'entretien.

«Non, je ne sais ce qui vous prend. On dirait que vous vous appliquez à me dégoûter de mon bonheur. Ce mariage, qui l'a voulu, ou du moins qui l'a conseillé?