Il venait d'écrire cette phrase: «Considérez les sculptures de l'époque des Pasteurs, examinez avec soin et sans parti pris ces figures anguleuses, aux pommettes très saillantes, et, si vous êtes de bonne foi, vous conviendrez que la race des Hycsos n'était pas purement sémitique, mais qu'elle était fortement mélangée d'éléments touraniens.»

Satisfait de sa conclusion, il interrompit une seconde son travail, posa la plume, et, attirant à lui la rose pourpre, il la pressa sur ses lèvres; mais il entendit frapper à sa porte. Il remit précipitamment la rose dans son verre, et d'un ton d'humeur il cria: Entrez! La porte s'ouvrit. M. de Miraval entra. La figure d'Horace se rembrunit; cette apparition inattendue le consterna: il se sentit comme subitement expulsé de son paradis. Hélas! la vie la plus heureuse n'est qu'un paradis intermittent.

Le marquis, immobile sur le seuil, salua gravement son neveu, en lui disant:

«Eh quoi! je te dérange? Tu n'as jamais su dissimuler tes impressions.

—Ah! mon oncle, répondit-il, comment pouvez-vous croire?... Je vous avoue que je ne m'attendais pas... Mais, je vous prie, par quel hasard?...

—Je fais un voyage en Suisse. Pouvais-je passer à Lausanne sans venir te voir?

—Convenez, mon oncle, que vous ne passez pas, reprit Horace; convenez que vous êtes beaucoup plus qu'un passant, que vous arrivez ici tout exprès.

—Tout exprès, tu l'as dit, mon garçon, repartit M. de Miraval.

—C'est donc à un ambassadeur que j'ai l'honneur d'avoir affaire?

—Oui, à un ambassadeur, très ferré sur l'étiquette et qui demande qu'on le reçoive avec tous les égards qui lui sont dus et selon toutes les règles du droit des gens.»