Dès ce moment, Mme Sauvigny fut convaincue que «le grand inconnu le voulait», puisqu'il se chargeait lui-même d'ouvrir et de dégager les voies. Elle représenta à Jacquine que la maison de santé était surtout destinée aux malades dont le cas exigeait un traitement chirurgical, que la place manquait, qu'elle craignait d'essuyer un refus.
«Heureusement, mademoiselle, j'ai autre chose à vous offrir.
—Quoi donc, madame?
—Ma maison n'est qu'un chalet, mais mon chalet est grand, et je serais charmée de vous y recevoir.
—En vérité! s'écria Mlle Vanesse, qui était loin de s'attendre à une telle proposition, c'est trop de bonté, et je vous suis très reconnaissante. Si vous consentiez à me donner l'hospitalité pendant quelques jours, je tâcherais de hâter les affaires, et je demanderais à mon père de me répondre courrier par courrier. À votre tour, vous seriez bientôt débarrassée de moi. Mais je ne sais si j'ose....
—Osez, interrompit Mme Sauvigny. Je veux être tout à fait sincère; je suis plus ambitieuse que vous ne le pensez; je souhaite que vous vous trouviez assez bien chez moi pour avoir envie d'y rester longtemps. Ce grand Brésil me fait peur.»
Jacquine, de plus en plus étonnée, lui jeta un de ces regards perçants qui fouillaient dans les cœurs. Puis, se mettant à rire:
«Vous avez peur du Brésil et vous n'avez pas peur de moi. Il faut pourtant que je vous mette au fait. Bien qu'en définitive je sois une assez bonne fille, on prétend que je n'ai pas le caractère commode, et je dois confesser que lorsqu'on m'exaspère, je deviens terrible.
—J'éviterai soigneusement de vous exaspérer», repartit Mme Sauvigny en souriant.
Mais elle cessa de sourire, quand Mlle Vanesse, le front plissé et d'une voix rêche: