—Il te plaît donc, Paméla?
—Il a de bien grandes manières. Serait-ce un prince, par hasard?
—Ne te monte pas la tête, ce n'est qu'un marquis.
—Et ne puis-je savoir?…
—Oh! ne m'interroge pas.
—Qu'est-ce à dire, mademoiselle? fit-elle d'un ton de reproche.
Jusqu'aujourd'hui vous n'avez jamais eu de secrets pour moi.
—C'est qu'en vérité je ne sais si je dois te révéler… Ma situation est bien délicate, Paméla, ajouta-t-elle d'un air important et solennel. Vraiment je me fais scrupule de m'acquitter de la commission dont le marquis de Boisgenêt m'a chargée pour toi.
—Pour moi! roucoula la négresse en se rengorgeant.
—Oui, pour toi. Comme il ne sait pas l'anglais, il m'a priée de te dire qu'il est éperdûment épris de tes charmes, qu'il en perd le boire, le manger et le peu de cheveux qui lui restent. Il m'a demandé comment il pourrait s'y prendre pour te persuader de son amour. Je lui ai répondu que tu étais une âme poétique, tout à fait détachée des biens de ce monde, que tu nageais dans l'éther, que tu méprisais l'or, l'argent et les bijoux.
—Il ne faudrait pas aller trop loin, mademoiselle, interrompit vivement la négresse; un joli bijou n'a jamais rien gâté.