[348] Mémoires, t. Ier, Voilà l'unique fait, plus ou moins sûr, d'où Retz tire cette belle conclusion qui fait autant d'honneur à sa logique qu'à sa délicatesse: «Qu'il n'étoit pas difficile de donner un amant à Mme de Chevreuse, de partie faite.» Voyez plus haut, chap. Ier, p. [14].

[349] Retz, qui, comme nous l'avons déjà fait remarquer, chap. Ier, p. 15, finit par détester Mme de Chevreuse, parce qu'elle refusa de le suivre dans les derniers et extravagants projets dont nous parlerons tout à l'heure, prétend qu'en 1649 elle n'avait plus même de restes de beauté; cela ne se peut, car elle en avait encore en 1657, comme on le voit par le portrait de Ferdinand, gravé par Balechou, dans l'Europe illustre d'Odieuvre, où elle est représentée en veuve, avec une figure si fine, si expressive, si distinguée.

[350] Mémoires, ibid.: «Laigues qui avoit une grande valeur, mais peu de sens et beaucoup de présomption.»

[351] Mémoires du jeune Brienne, par M. Barrière, t. II, chap. XIX, p. 178: «Le marquis de Laigues qui certainement étoit mari de conscience de la duchesse.»

[352] Cette mazarinade est si peu connue que nous en donnerons ici une idée. Comme presque toutes les mazarinades elle est in-4o; elle n'a pas plus de huit pages. «A Paris, chez Jean Henault, au palais, dans la salle Dauphine, à l'Ange Gardien. MDCXLIX. Avec permission.» On y fait un éloge emphatique et pédantesque de la naissance, de l'héroïsme et de la beauté de Mme de Chevreuse. «La beauté du corps est souvent un indice de la beauté de l'âme, pour ce que de la qualité du tempérament se forme la qualité des coutumes, et que l'excellence de la forme procède en quelque façon de la belle disposition de la matière.»—«Cette princesse, d'un courage inflexible à tous les abaissements de la fortune, et qui n'a jamais voulu plier sous la tyrannie des mauvais favoris, ne veut pas souffrir que nous languissions dans la servitude. Elle s'avance à notre aide, et rassemblant des troupes de toutes parts, elle nous promet sous peu un secours qui ne sera point infructueux. Cet ange de bataille dans l'armée des bons Français s'apprête à se couronner de lauriers que nous moissonnerons ensemble. Plusieurs ont assemblé des richesses pour relever leur fortune; mais cette princesse, qui ne tire la sienne que de sa naissance, alliée aux royales maisons de France, de Navarre, de Milan et de Bretagne, ne fait qu'un marchepied de tous ses biens pour monter à la gloire.»—«Chacun suit ses conseils comme des oracles, et tous se rendent sous son étendard. Cette incomparable princesse, ayant appris l'état de nos affaires présentes, après avoir rallié diverses troupes de cavalerie du Barrois et de la Champagne, a, selon les avis que nous en avons reçus, passé déjà la rivière de Somme avec la diligence nécessaire en cette pressante occasion, et s'alliant à l'armée de Monsieur le maréchal de Turenne, nous espérons que par un commun accord de tous les bons François, nous achèverons heureusement ce que nous avons commencé avec tant de justice pour l'intérêt et le repos publics; et nous conjurons le Dieu des armées que cette princesse vive pour reculer nos sépultures, que le ciel lui rende autant de biens qu'elle en fait à la terre, que la France partage sa gloire avec elle, et que les siècles à venir conservent a jamais la mémoire et le nom glorieux de cette amazone françoise sous le nom de Mme la duchesse de Chevreuse.»

[353] [Chapitre V].

[354] Nous avons retrouvé et publié l'un des deux exemplaires originaux du traité général, avec les signatures authentiques, et donné aussi les deux traités particuliers, Mme de Longueville pendant la Fronde, chap. Ier, et Appendice, notes du chap. Ier, p. 371-384. Nous reproduisons ici le traité pour le mariage de Mlle de Chevreuse avec Armand de Bourbon, prince de Conti. «Messieurs les princes de Condé et de Conty, et Monsieur et Madame de Longueville, recognoissant combien leur union avec son Altesse Royale leur est honorable et advantageuse au public, et que les alliances peuvent beaucoup servir à l'affermir, nous ont conviée, Anne de Gonzague, princesse Palatine, de faire trouver bon à son Altesse Royale que M. le prince de Conty recherchast en mariage Mlle de Chevreuse qui a l'honneur d'estre de la maison de Mme la duchesse d'Orléans, et honorée particulièrement de la bienveillance de Son Altesse; ce qui ayant été agréé par sadite Altesse et receu avec respect par Mme de Chevreuse, nous, princesse palatine, promettons au nom et en vertu du pouvoir que nous avons de Messieurs les princes et de Mme de Longueville, et engageons la foy et l'honneur de M. le prince de Conty, que, sitôt qu'il sera en liberté, il passera les articles qui seront trouvés raisonables entre luy et Mlle de Chevreuse, et l'épousera en face de nostre mère sainte Église, et avons déclaré que M. le Prince, M. et Mme de Longueville ont aussy trouvé bon que nous engageassions leur foy et leur honneur qu'ils consentiront, agréeront et approuveront ledit mariage; et pour la validité de cest article, il a esté signé par son Altesse Royale d'une part, et Mme la princesse Palatine, d'autre; et Mme de Chevreuse y est intervenue; et a esté signé en double.—Fait le 30 janvier 1651, Gaston, Anne de Gonzague, Marie de Rohan.»

[355] La Société française au XVIIe siècle, chap. Ier, p. 54.

[356] Voyez les détails de cette intrigue obscure et compliquée dans le Ier chap. de Mme de Longueville pendant la Fronde.

[357] Châteauneuf fut garde des sceaux un peu plus d'une année, de mars 1650 jusqu'en avril 1651. Il mourut en 1653 à l'âge de soixante-treize ans. On voyait autrefois son tombeau et celui de sa famille dans la cathédrale de Bourges; il n'y reste plus que sa statue en marbre avec celle de son père Claude de l'Aubespine et de sa mère Marie de La Châtre, de la main de Philippe de Buister.