Les archives des archives étrangères, France, t. XXXVIII, XXXIX et XL, contiennent tout ce que contient le recueil de La Borde: «Pièces du procès de Henri de Tallerand, comte de Chalais, décapité en 1626, Londres, 1781.» Aucune des pièces imprimées n'y manque; il y en a même quelques-unes de plus. Ainsi, outre les deux lettres connues de Chalais au cardinal et au roi, où il leur demande grâce et s'engage à les servir, nous en trouvons ici une troisième à la reine mère, alors toute-puissante sur le roi et sur le cardinal, dans laquelle il renouvelle les mêmes offres de services d'un si peu noble caractère.—France, t. XXXIX.
Lettre a la Royne, mère du Roi, de 5 aoust 1626: «Madame, les grâces que j'ai reçues de l'intervention de Votre Majesté ont tellement augmenté les espérances que j'avois de réparer mes fautes, qu'à présent que les inquiétudes me tuent je prends la hardiesse de la supplier pour la continuation; et bien que le misérable état en quoi je suis et le service très-humble que je lui ai voué de tout temps me fissent espérer tant de bonté, si osé-je lui dire que, n'ayant nul intérêt que dans celui du roy et dans son contentement, elle y est plus que obligée, puisque je me promets très-infailliblement lui rendre de bien grands services. Votre Majesté considérera donc que peut-être à toutes heures on en a besoin, vu la légèreté et malice des espris qui conseillent ou font conseiller monseigneur[ [366]. De même, lorsque monseigneur le cardinal me visita, je lui donnai avis combien étoit à soupçonner le voyage de celui qui a les oiseaux de monseigneur[ [367], et la grande confiance qu'on a en lui. Je demande donc à Votre Majesté de hâter ma délivrance, puisqu'en un moment je saurai sa légation[ [368] et tout ce qui pourra importer le service du roy; et la supplie, si elle m'en juge digne, de m'en mander quelque chose par M. de Lamon (exempt de la garde écossaise et un des espions du cardinal), afin ou que je vive en espérance ou que je me réduise à prier Dieu pour le roy et pour Votre Majesté, de qui je suis, madame, le très-humble et très-obéissant et fidèle serviteur,
Chalais.»
Cette pièce n'est pas propre à diminuer le mépris que mérite la conduite de Chalais en prison, ni la suivante à affaiblir une des plus graves accusations qui pesaient sur lui, celle d'avoir trempé dans les intrigues du comte de Soissons et tenté de séduire la fidélité du commandant de Metz. Après l'arrestation des Vendôme, Chalais avait envoyé son écuyer porter une lettre au comte de Soissons, pour l'avertir de cette arrestation et l'engager à ne pas venir chercher le même sort à la cour, conseil qu'avait fort bien suivi le comte; et il avait aussi envoyé le même écuyer au marquis La Valette, qui commandait à Metz au nom de son père le duc d'Épernon, pour l'inviter à s'entendre avec Monsieur, qui cherchait de divers côtés un asile. La proposition faite à La Valette n'avait pas été acceptée, mais elle avait été faite, et cela suffisait à établir la culpabilité de Chalais. L'écuyer, après avoir rempli ses commissions, était tombé à son retour entre les mains de Richelieu; et quoique déjà Chalais eût subi sa peine, on n'avait pas moins, comme nous l'avons dit, p. 73, procédé à son interrogatoire pour éclairer encore l'ensemble de l'affaire et confirmer la justice de la sentence rendue et exécutée. France, t. XXXVIII, fol. 12.
«Du mercredi 23 septembre 1626, à trois heures de relevée, au château de la Bastille. Nous avons fait amener devant nous, en la chambre du sieur du Tremblay, gouverneur dudit château, Gaston de la Louvière, prisonnier audit château, pour l'ouïr et l'interroger à part, serment par lui fait de dire vérité.
«Interrogé sur son nom, âge, qualité et demeure, a dit se nommer Gaston de la Louvière, âgé de 23 ans ou environ, gentilhomme servant d'écuyer au sieur de Chalais, avant sa prison, avec lequel il demeuroit.
«Interrogé s'il sait pourquoi il est prisonnier, a dit qu'il ne sait, et qu'il a fait un voyage, pour ledit sieur de Chalais, de Blois à Paris, pendant que la cour étoit à Blois, après la prise de MM. de Vendôme, pour porter une lettre que lui bailla ledit sieur de Chalais pour porter à M. le comte de Soissons, laquelle il rendit à mondit sieur le Comte en sa maison, sur la fin de son dîner, en présence de madame sa mère, du sieur de Seneterre et beaucoup d'autres, laquelle fut lue par ledit sieur comte de Soissons, qui demanda au répondant depuis quand les sieurs de Vendôme étoient arrêtés.—A dit encore ledit répondant qu'étant retourné à Blois sans réponse dudit sieur comte, ledit Chalais, trois ou quatre jours après, le renvoya de Blois à Metz vers le sieur de La Valette, lui disant ces mots: «On m'a voulu mettre mal auprès du roi. Mgr le cardinal de Richelieu m'a dit que le vrai moyen de m'y remettre étoit de découvrir quelque chose des affaires ou intrigues de Monsieur: va-t'en donc à Metz, et porte cette lettre à M. de La Valette, à Metz.» Et, outre ladite lettre, lui donna un petit billet à part, dedans lequel étoient écrits ces mots: «Si vous voulez recevoir des propositions de la part de Monsieur, je me fais fort de vous en faire faire;» laquelle lettre et billet il porta au sieur de La Valette, à Metz, lequel dit au répondant qu'il trouvoit bien étrange que le sieur de Chalais, qui étoit de la maison du roi, se mêlât de ces affaires-là, et qu'il ne se falloit pas adresser à lui pour cela, qu'il n'avoit aucun pouvoir et dépendoit de M. d'Epernon, son père, et ne lui fit ne donna autre réponse; même se souvient le répondant qu'il bailla audit sieur de La Valette, étant dans sa salle, ladite lettre et billet en présence de beaucoup de personnes qu'il ne connoît pas de nom, et croit ledit répondant que c'est là le sujet pour lequel il a été emprisonné; et s'il eût cru l'être pour cela, il n'eût porté lesdites lettres; et même avant que partir de Blois, le répondant dit à la femme dudit Chalais, en présence de Lustié (?), écuyer de ladite dame, qu'il se réjouissoit fort de ce que son maître se remettoit aux bonnes grâces du roi, et que sondit maître lui avoit dit qu'il l'envoyoit à Metz parce que ledit sieur cardinal le faisoit faire; et de fait ledit sieur de Chalais lui dit que le sieur cardinal lui avoit baillé cent pistoles, dont ledit sieur de Chalais lui en bailla quarante pour son voyage; et étant le répondant de retour à Nantes, il fit entendre à son maître que ledit sieur de La Valette avoit trouvé mauvais ledit voyage, et lui avoit demandé de quelles personnes son maître se fioit et à qui il en avoit communiqué; sur quoi ledit Chalais lui dit ces mots: «Vraiment, tu n'as point d'esprit», s'étonnant de ce qu'il ne lui avoit point rapporté de réponse; et lui dit qu'il s'en alloit le dire à mondit sieur le cardinal. Et, deux jours après, ledit Chalais ayant été emprisonné, le répondant s'en étonna, et dit à la dame de Chalais plusieurs fois, et au comte de Cramail, qu'il ne croyoit pas qu'il pût être en peine, parce qu'il lui avoit dit que ledit sieur cardinal avoit fait faire ledit voyage de Metz, et qu'il alloit par là se remettre aux bonnes grâces du roi; auquel répondant ladite dame de Chalais disoit: Vous le voyez bien, si c'est M. le cardinal qui l'a fait faire; et quant au comte de Cramail il disoit qu'il falloit donc que ledit Chalais eût trompé ledit sieur cardinal.
«Depuis quel temps il est au service dudit Chalais? A dit qu'il entra à son service environ le temps de la foire Saint-Gervais dernier par le moyen du comte de Louvigny, lequel il avoit servi auparavant.
«De quelles affaires il s'est mêlé depuis qu'il est audit Chalais autres que celles dont il a parlé? A dit qu'il ne s'en est mêlé d'aucune autre, et que jamais il ne lui a rien dit ni donné aucun emploi.
«S'il n'a pas toujours suivi ledit Chalais et été partout avec lui? A dit qu'il ne le suivoit pas toujours, et quelquefois il échappoit au répondant qui demeuroit longtemps sans le pouvoir trouver; une fois entre autres devant le dernier voyage du roi à Blois, ledit Chalais, sortant du Louvre après le coucher du roi, sur les dix à onze heures du soir, comme ledit répondant le suivoit, il le perdit entre les deux portes du pont dans la presse, et ne retrouva ledit Chalais à son logis qu'à deux heures après minuit, sans qu'on ait pu savoir où il avoit été.
«S'il croyoit que le voyage qu'il avoit fait à Metz étoit pour le service du roi? A dit que oui.