Messieurs, en des temps comme ceux-ci, prenez garde aux pas en arriere!
On vous parle beaucoup de l'abime, de l'abime qui est la, beant, ouvert, terrible, de l'abime ou la societe peut tomber.
Messieurs, il y a un abime, en effet; seulement il n'est pas devant vous, il est derriere vous.
Vous n'y marchez pas, vous y reculez. (Applaudissements a gauche.)
L'avenir ou une reaction insensee nous conduit est assez prochain et assez visible pour qu'on puisse en indiquer des a present les redoutables lineaments. Ecoutez! il est temps encore de s'arreter. En 1829, on pouvait eviter 1830. En 1847, on pouvait eviter 1848. Il suffisait d'ecouter ceux qui disaient aux deux monarchies entrainees: Voila le gouffre!
Messieurs, j'ai le droit de parler ainsi. Dans mon obscurite, j'ai ete de ceux qui ont fait ce qu'ils ont pu, j'ai ete de ceux qui ont averti les deux monarchies, qui l'ont fait loyalement, qui l'ont fait inutilement, mais qui l'ont fait avec le plus ardent et le plus sincere desir de les sauver. (Clameurs et denegations a droite.)
Vous le niez! Eh bien! je vais vous citer une date. Lisez mon discours du 12 juin 1847 a la chambre des pairs; M. de Montebello, lui, doit s'en souvenir.
(M. de Montebello baisse la tete et garde le silence. Le calme se retablit.)
C'est la troisieme fois que j'avertis; sera-ce la troisieme fois que j'echouerai? Helas! je le crains.
Hommes qui nous gouvernez, ministres!—et en parlant ainsi je m'adresse non-seulement aux ministres publics que je vois la sur ce banc, mais aux ministres anonymes, car en ce moment il y a deux sortes de gouvernants, ceux qui se montrent et ceux qui se cachent (rires et bravos), et nous savons tous que M. le president de la republique est un Numa qui a dix-sept Egeries (explosion de rires), [Note: La commission qui proposait la loi, de connivence avec le president, se composait de dix-sept membres.]—ministres! ce que vous faites, le savez-vous? Ou vous allez, le voyez-vous? Non!