Cette assemblee, dans sa moderation et dans sa sagesse, voudra certainement que tous les actes de desordre soient reprimes, de quelque part qu'ils viennent. S'il faut en croire les details publies, des actes de violence regrettables auraient ete commis dans diverses imprimeries. Ces actes constitueraient de veritables attentats contre la legalite, la liberte et la propriete.
Je demande a M. le ministre de la justice, ou, en son absence, a MM. les membres du cabinet presents, si des poursuites ont ete ordonnees, si des informations sont commencees. (Tres bien! tres bien!)
PLUSIEURS MEMBRES.—Contre qui?
M. DUFAURE, ministre de l'interieur.—Messieurs, nous regrettons aussi amerement que l'honorable orateur qui descend de la tribune les actes a propos desquels il nous interpelle. Ils ont eu lieu, j'ose l'affirmer, spontanement, au milieu des emotions de la journee du 13 juin…. (Interruptions a gauche.)
Je dis qu'ils ont eu lieu spontanement, c'est a ce sujet que j'ai ete interrompu. Rien n'avait prevenu l'autorite des actes de violence qui devaient etre commis dans les bureaux de quelques presses de Paris; je veux expliquer seulement comment l'autorite n'etait pas, n'a pas pu etre prevenue, comment l'autorite n'a pas pu les empecher.
On a dit dans des journaux qu'un aide de camp du general Changarnier avait preside a cette devastation. Je le nie hautement. Un aide de camp du general Changarnier a paru sur les lieux pour reprimer cet acte audacieux; il n'a pu le faire, tout ayant ete consomme; d'ailleurs, on ne l'ecoutait pas. J'ajoute qu'aussitot que nous avons ete prevenus de ces faits, ordre a ete donne de faire deux choses, de constater les degats et d'en rechercher les auteurs. On les recherche en ce moment, et je puis assurer a l'assemblee, qu'aussitot qu'ils seront decouverts, le droit commun aura son empire, la loi recevra son execution. (Tres bien! Tres bien!)
M. LE PRESIDENT.—L'incident est reserve.
A propos de cet incident, on lit dans le Siecle du 17 juin 1848:
M. Victor Hugo etait tres vivement blame aujourd'hui par un grand nombre de ses collegues pour la genereuse initiative qu'il a prise hier en fletrissant du haut de la tribune les actes condamnables commis contre plusieurs imprimeries de journaux.—Ce n'etait pas le moment, lui disait-on, de parler de cela, et dans tous les cas ce n'etait pas a nous a appeler sur ces actes l'attention publique; il fallait laisser ce soin a un membre de l'autre cote, et la chose n'eut pas eu le retentissement que votre parole lui a donne.
Nous etions loin de nous attendre a ce que l'honnete indignation exprimee par M. Victor Hugo, et la loyale reponse de M. le ministre de l'interieurpussent etre l'objet d'un blame meme indirect d'une partie quelconque de l'assemblee. Nous pensions que le sentiment du juste, le respect de la propriete devaient etre au-dessus de toutes les miserables agitations de parti. Nous nous trompions.