Je prends donc l'association, non comme un mot, mais comme une idee, et je vais vous dire ce que j'en pense.
J'en pense beaucoup de bien; pas tout le bien qu'on en dit, parce qu'il n'est pas donne a l'homme, je le repete, de rencontrer ni dans le monde physique, ni dans le monde moral, ni dans le monde politique, une panacee. Cela serait trop vite fini si, avec une idee ou le mot qui la represente, on pouvait resoudre toutes les questions et dire: embrassons-nous. Dieu impose aux hommes un plus severe labeur. Il ne suffit pas d'avoir l'idee, il faut encore en extraire le fait. C'est la le grand et douloureux enfantement. Pendant qu'il s'accomplit, il s'appelle revolution; quand il est accompli, l'enfantement de la societe, comme l'enfantement de la femme, s'appelle delivrance. (Sensation.) En ce moment, nous sommes dans la revolution; mais, je le pense comme vous, la delivrance viendra! (Bravo!)
Maintenant, entendons-nous.
Remarquez que, si je n'ai pas prononce le mot association, j'ai souvent prononce le mot societe. Or, au fond de ces deux mots, societe, association, qu'y a-t-il? La meme idee: fraternite.
Je veux l'association comme vous, vous voulez la societe comme moi.
Nous sommes d'accord.
Oui, je veux que l'esprit d'association penetre et vivifie toute la cite. C'est la mon ideal; mais il y a deux manieres de comprendre cet ideal.
Les uns veulent faire de la societe humaine une immense famille.
Les autres veulent en faire un immense monastere.
Je suis contre le monastere et pour la famille. (Mouvement.
Applaudissements.)
Il ne suffit pas que les hommes soient associes, il faut encore qu'ils soient sociables.