Messieurs, ce sont la des faits incontestables. L'adoucissement de la penalite est un grand et serieux progres. Le dix-huitieme siecle, c'est la une partie de sa gloire, a aboli la torture; le dix-neuvieme siecle abolira la peine de mort. (Vive adhesion. Oui! oui!)
Vous ne l'abolirez pas peut-etre aujourd'hui; mais, n'en doutez pas, demain vous l'abolirez, ou vos successeurs l'aboliront. (Nous l'abolirons!—Agitation.)
Vous ecrivez en tete du preambule de votre constitution: "En presence de Dieu", et vous commenceriez par lui derober, a ce Dieu, ce droit qui n'appartient qu'a lui, le droit de vie et de mort. (Tres bien! tres bien!) Messieurs, il y a trois choses qui sont a Dieu et qui n'appartiennent pas a l'homme: l'irrevocable, l'irreparable, l'indissoluble. Malheur a l'homme s'il les introduit dans ses lois! (Mouvement.) Tot ou tard elles font plier la societe sous leur poids, elles derangent l'equilibre necessaire des lois et des moeurs, elles otent a la justice humaine ses proportions; et alors il arrive ceci, reflechissez-y, messieurs, que la loi epouvante la conscience. (Sensation.)
Je suis monte a cette tribune pour vous dire un seul mot, un mot decisif, selon moi; ce mot, le voici. (Ecoutez! ecoutez!)
Apres fevrier, le peuple eut une grande pensee, le lendemain du jour ou il avait brule le trone, il voulut bruler l'echafaud. (Tres bien!—D'autres voix: Tres mal!)
Ceux qui agissaient sur son esprit alors ne furent pas, je le regrette profondement, a la hauteur de son grand coeur. (A gauche: Tres bien!) On l'empecha d'executer cette idee sublime.
Eh bien, dans le premier article de la constitution que vous votez, vous venez de consacrer la premiere pensee du peuple, vous avez renverse le trone. Maintenant consacrez l'autre, renversez l'echafaud. (Applaudissements a gauche. Protestations a droite.)
Je vote l'abolition pure, simple et definitive de la peine de mort.