Le college de France,
Le museum,
Les bibliotheques,
L'ecole des chartes,
L'ecole des langues orientales,
La conservation des archives nationales,
La surveillance de la librairie a l'etranger … (Ruine
complete de notre librairie, le champ livre a la contrefacon!)
L'ecole de Rome,
L'ecole des beaux-arts de Paris,
L'ecole de dessin de Dijon,
Le conservatoire,
Les succursales de province,
Les musees des Thermes et de Cluny,
Nos musees de peinture et de sculpture,
La conservation des monuments historiques.
Les reformes menacent pour l'annee prochaine:
Les facultes des sciences et des lettres,
Les souscriptions aux livres,
Les subventions aux societes savantes,
Les encouragements aux beaux-arts.
En outre,—ceci touche au ministere de l'interieur, mais la chambre me permettra de le dire, pour que le tableau soit complet,—les reductions atteignent des a present et menacent pour l'an prochain les theatres. Je ne veux vous en dire qu'un mot en passant. On propose la suppression d'un commissaire sur deux; j'aimerais mieux la suppression d'un censeur et meme de deux censeurs. (On rit.)
UN MEMBRE.—Il n'y a plus de censure!
UN MEMBRE, a gauche.—Elle sera bientot retablie!
M. VICTOR HUGO.—Enfin le rapport reserve ses plus dures paroles et ses menaces les plus serieuses pour les indemnites et secours litteraires. Oh! voila de monstrueux abus! Savez-vous, messieurs, ce que c'est que les indemnites et les secours litteraires? C'est l'existence de quelques familles pauvres entre les plus pauvres, honorables entre les plus honorables.
Si vous adoptiez les reductions proposees, savez-vous ce qu'on pourrait dire? On pourrait dire: Un artiste, un poete, un ecrivain celebre travaille toute sa vie, il travaille sans songer a s'enrichir, il meurt, il laisse a son pays beaucoup de gloire a la seule condition de donner a sa veuve et a ses enfants un peu de pain. Le pays garde la gloire et refuse le pain. (Sensation.)
Voila ce qu'on pourrait dire, et voila ce qu'on ne dira pas; car, a coup sur, vous n'entrerez pas dans ce systeme d'economies qui consternerait l'intelligence et qui humilierait la nation. (C'est vrai!)
Vous le voyez, ce systeme, comme vous le disait si bien notre honorable collegue M. Charles Dupin, ce systeme attaque tout; ce systeme ne respecte rien, ni les institutions anciennes, ni les institutions modernes; pas plus les fondations liberales de Francois Ier que les fondations liberales de la Convention. Ce systeme d'economies ebranle d'un seul coup tout cet ensemble d'institutions civilisatrices qui est, pour ainsi dire, la base du developpement de la pensee francaise.
Et quel moment choisit-on? C'est ici, a mon sens, la faute politique grave que je vous signalais en commencant; quel moment choisit-on pour mettre en question toutes ces institutions a la fois? Le moment ou elles sont plus necessaires que jamais, le moment ou, loin de les restreindre, il faudrait les etendre et les elargir.
Eh! quel est, en effet, j'en appelle a vos consciences, j'en appelle a vos sentiments a tous, quel est le grand peril de la situation actuelle? L'ignorance. L'ignorance encore plus que la misere. (Adhesion.)