Il est presque impossible de s'entendre.

Cette impossibilite, qui n'est, selon moi, qu'une difficulte, vient de ceci:

La guerre, en murant Paris, a isole la France. La France, sans Paris, n'est plus la France. De la l'Assemblee, de la aussi la Commune. Deux fantomes. La Commune n'est pas plus Paris que l'Assemblee n'est la France. Toutes deux, sans que ce soit leur faute, sont sorties d'un fait violent, et c'est ce fait violent qu'elles representent. J'y insiste, l'Assemblee a ete nommee par la France separee de Paris, la Commune a ete nommee par Paris separe de la France. Deux elections viciees dans leur origine. Pour que la France fasse une bonne election, il faut qu'elle consulte Paris; et pour que Paris s'incarne vraiment dans ses elus, il faut que ceux qui representent Paris representent aussi la France. Or evidemment l'assemblee actuelle ne represente pas Paris qu'elle fuit, non parce qu'elle le hait, mais, ce qui est plus triste, parce qu'elle l'ignore. Ignorer Paris, c'est curieux, n'est-ce pas? Eh bien, nous autres, nous ignorons bien le soleil. Nous savons seulement qu'il a des taches. C'est tout ce que l'Assemblee sait de Paris. Je reprends. L'Assemblee ne reflete point Paris, et de son cote la Commune, presque toute composee d'inconnus, ne reflete pas la France. C'est cette penetration d'une representation par l'autre qui rendrait la conciliation possible; il faudrait dans les deux groupes, assemblee et commune, la meme ame, France, et le meme coeur, Paris. Cela manque. De la le refus de s'entendre.

C'est le phenomene qu'offre la Chine, d'un cote les tartares, de l'autre les chinois.

Et cependant la Commune incarne un principe, la vie municipale, et l'Assemblee en incarne un autre, la vie nationale. Seulement, dans l'Assemblee comme dans la Commune, on peut s'appuyer sur le principe, non sur les hommes. La est le malheur. Les choix ont ete funestes. Les hommes perdent le principe. Raison des deux cotes et tort des deux cotes. Pas de situation plus inextricable.

Cette situation cree la frenesie.

Les journaux belges annoncent que le Rappel va etre supprime par la Commune. C'est probable. Dans tous les cas n'ayez pas peur que la suppression vous manque. Si vous n'etes pas supprimes par la Commune, vous serez supprimes par l'Assemblee. Le propre de la raison c'est d'encourir la proscription des extremes.

Du reste, vous et moi, quel que soit le devoir, nous le ferons.

Cette certitude nous satisfait. La conscience ressemble a la mer. Si violente que soit la tempete de la surface, le fond est tranquille.

Nous ferons le devoir, aussi bien contre la Commune que contre l'Assemblee; aussi bien pour l'Assemblee que pour la Commune.