L'equilibre rompu d'un continent ne peut se reformer que par une transformation. Cette transformation peut se faire en avant ou en arriere, dans le mal ou dans le bien, par le retour aux tenebres ou par l'entree dans l'aurore. Le dilemme supreme est pose. Desormais, il n'y a plus de possible pour l'Europe que deux avenirs: devenir Allemagne ou France, je veux dire etre un empire ou etre une republique.
C'est ce que le solitaire fatal de Sainte-Helene avait predit, avec une precision etrange, il y a cinquante-deux ans, sans se douter qu'il serait l'instrument indirect de cette transformation, et qu'il y aurait un Deux-Decembre pour aggraver le Dix-Huit-Brumaire, un Sedan pour depasser Waterloo, et un Napoleon le Petit pour detruire Napoleon le Grand.
Seulement, si le cote noir de sa prophetie s'accomplissait, au lieu de l'Europe cosaque qu'il entrevoyait, nous aurions l'Europe vandale.
L'Europe empire ou l'Europe republique; l'un de ces deux avenirs est le passe.
Peut-on revivre le passe?
Evidemment non.
Donc nous aurons l'Europe republique.
Comment l'aurons-nous?
Par une guerre ou par une revolution.
Par une guerre, si l'Allemagne y force la France. Par une revolution, si les rois y forcent les peuples. Mais, a coup sur, cette chose immense, la Republique europeenne, nous l'aurons.