Elle vous demande de mettre hors de question l'avenir. Elle vous demande de fonder la verite politique, de fonder la verite sociale, de fonder la democratie, de fonder la France. Elle vous demande de faire sortir de la solennite du vote la satisfaction des interets et des consciences, la republique indestructible, le travail honore et delivre, l'impot diminue dans l'ensemble et proportionne dans le detail, le revenu social degage des parasitismes, le suffrage universel complete, la penalite rectifiee, l'enseignement pour tous, le droit pour tous. Electeurs des communes, Paris, la commune supreme, vous demande, votre vote etant un decret, de decreter, par la signification de vos choix, la fin des abus par l'avenement des verites, la fin de la monarchie par la federation des peuples, la fin de la guerre etrangere par l'arbitrage, la fin de la guerre civile par l'amnistie, la fin de la misere par la fin de l'ignorance. Paris vous demande la fermeture des plaies. A cette heure, ou tant de forces hostiles sont encore debout et menacent, il vous demande de donner confiance au progres; il vous demande d'affirmer le droit devant la force, d'affirmer la France devant le germanisme, d'affirmer Paris devant Rome, d'affirmer la lumiere devant la nuit.
Vous le ferez.
Un mot encore.
Dissipons les illusions. Dissipons-les sans colere, avec le calme de la certitude. Ceux qui revent d'abolir legalement dans un temps quelconque la republique, se trompent. La republique preexiste. Elle est de droit naturel. On ne vote pas pour ou contre l'air qu'on respire. On ne met pas aux voix la loi de croissance du genre humain.
Les monarchies, comme les tutelles, peuvent avoir leur raison d'etre, tant que le peuple est petit. Parvenu a une certaine taille, le peuple se sent de force a marcher seul, et il marche. Une republique, c'est une nation qui se declare majeure. La revolution francaise, c'est la civilisation emancipee. Ces verites sont simples.
La croissance est une delivrance. Cette delivrance ne depend de personne; pas meme de vous. Mettez-vous aux voix l'heure ou vous avez vingt et un ans? Le peuple francais est majeur. Modifier sa constitution est possible. Changer son age, non. Le remettre en monarchie, ce serait le remettre en tutelle. Il est trop grand pour cela.
Qu'on renonce donc aux chimeres.
Acceptons la virilite. La virilite, c'est la republique. Acceptons-la pour nous, desirons-la pour les autres. Souhaitons aux autres peuples la pleine possession d'eux-memes. Offrons-leur cette inebranlable base de paix, la federation. La France aime profondement les nations; elle se sent soeur ainee. On la frappe, on la traite comme une enclume, mais elle etincelle sous la haine; a ceux qui veulent lui faire une blessure, elle envoie une clarte; c'est sa facon de rendre coup pour coup. Faire du continent une famille; delivrer le commerce que les frontieres entravent, l'industrie que les prohibitions paralysent, le travail que les parasitismes exploitent, la propriete que les impots accablent, la pensee que les despotismes muselent, la conscience que les dogmes garrottent; tel est le but de la France. Y parviendra-t-elle? Oui. Ce que la France fonde en ce moment, c'est la liberte des peuples; elle la fonde pacifiquement, par l'exemple; l'oeuvre est plus que nationale, elle est continentale; l'Europe libre sera l'Europe immense; elle n'aura plus d'autre travail que sa propre prosperite; et, par la paix que la fraternite donne, elle atteindra la plus haute stature que puisse avoir la civilisation humaine.
On nous accuse de mediter une revanche; on a raison; nous meditons une revanche en effet, une revanche profonde. Il y a cinq ans, l'Europe semblait n'avoir qu'une pensee, amoindrir la France; la France aujourd'hui lui replique, et elle aussi n'a qu'une pensee, grandir l'Europe.
La republique n'est autre chose qu'un grand desarmement; a ce desarmement, il n'est mis qu'une condition, le respect reciproque du droit. Ce que la France veut, un mot suffit a l'exprimer, un mot sublime, la paix. De la paix sortira l'arbitrage, et de l'arbitrage sortiront les restitutions necessaires et legitimes. Nous n'en doutons pas. La France veut la paix dans les consciences, la paix dans les interets, la paix dans les nations; la paix dans les consciences par la justice, la paix dans les interets par le progres, la paix dans les nations par la fraternite.