"A une heure un quart, le corps a ete place sur le corbillard, et le cortege s'est mis en marche.

"Louis Blanc, si souffrant qu'il fut, moins de sa maladie que de son malheur, avait voulu suivre a pied. Il marchait derriere le char, donnant le bras a son frere.

"Le cortege a pris la rue de Rivoli et s'est dirige vers le cimetiere du Pere-Lachaise par la rue Saint-Antoine, la place de la Bastille et la rue de la Roquette. Sur tout ce parcours, les trottoirs et la chaussee etaient couverts d'une multitude respectueuse et cordiale.

"Quant au cortege, il se composait de tout ce qu'il y a de republicains dans les deux Chambres, dans le conseil municipal et dans la presse. Nous n'avons pas besoin de dire que la redaction du Rappel y etait au complet.

"Sur tout le trajet, Victor Hugo a ete l'objet de l'ovation que le peuple ne manque jamais de lui faire. Il etait dans une des voitures de deuil. Pendant quelque temps, la police a pu empecher la foule de trop s'approcher des roues. Mais a partir de la place de la Bastille, rien n'a pu retenir hommes et femmes de se presser a la portiere, de serrer la main qui a ecrit les Chatiments et Quatrevingt-Treize, de faire embrasser au grand poete les petits enfants.

"De la place de la Bastille au cimetiere, c'a ete une acclamation non interrompue: "Vive Victor Hugo! Vive la republique! Vive l'amnistie!" Devant la prison de la Roquette, une femme a crie: "Vive l'abolition de la peine de mort!"

"Lorsqu'on est arrive au cimetiere, l'immense foule qui suivait le corbillard y a trouve une nouvelle foule non moins immense. Ce n'est pas sans difficulte que le cortege a pu arriver a la fosse, creusee tout en haut du cimetiere, derriere la chapelle.

"Le corps descendu dans la fosse, M. le pasteur Auguste Dide a pris la parole, Mme Louis Blanc etait de la religion reformee. M. Dide a dit avec eloquence ce qu'a ete pour Louis Blanc celle qu'il a perdue, dans la proscription, pendant le siege et depuis.

"La chaleureuse harangue de M. Dide a produit une vive et universelle impression."

Ensuite Victor Hugo a parle: