La terre comme le ciel a ses eclipses; mais, ici-bas comme la-haut, la reapparition suit la disparition. Le flambeau qui etait un homme ou une femme et qui s'est eteint sous cette forme, se rallume sous la forme idee. Alors on s'apercoit que ce qu'on croyait eteint etait inextinguible. Ce flambeau rayonne plus que jamais; il fait desormais partie de la civilisation; il entre dans la vaste clarte humaine; il s'y ajoute; et le salubre vent des revolutions l'agite, mais le fait croitre; car les mysterieux souffles qui eteignent les clartes fausses alimentent les vraies lumieres.
Le travailleur s'en est alle; mais son travail est fait.
Edgar Quinet meurt, mais la philosophie souveraine sort de sa tombe et, du haut de cette tombe, conseille les hommes. Michelet meurt, mais derriere lui se dresse l'histoire tracant l'itineraire de l'avenir. George Sand meurt, mais elle nous legue le droit de la femme puisant son evidence dans le genie de la femme. C'est ainsi que la revolution se complete. Pleurons les morts, mais constatons les avenements; les faits definitifs surviennent, grace a ces fiers esprits precurseurs. Toutes les verites et toutes les justices sont en route vers nous, et c'est la le bruit d'ailes que nous entendons. Acceptons ce que nous donnent en nous quittant nos morts illustres; et, tournes vers l'avenir, saluons, sereins et pensifs, les grandes arrivees que nous annoncent ces grands departs.
XXXII
L'AMNISTIE AU SENAT
SEANCE DU LUNDI 22 MAI 1876
M. LE PRESIDENT.—L'ordre du jour appelle la discussion de la proposition de M. Victor Hugo et de plusieurs de nos collegues, relativement a l'amnistie.
La parole est a M. Victor Hugo.
(M. Victor Hugo monte a la tribune. Profonde attention.)