A gauche.—Parlez! parlez!
M. LE PRESIDENT.—Veuillez continuer, monsieur Victor Hugo.
M. VICTOR HUGO.—La conquete est la rapine, rien de plus. Elle est un fait, soit; le droit ne sort pas du fait. L'Alsace et la Lorraine—suis-je dans la question?—veulent rester France; elles resteront France malgre tout, parce que la France s'appelle republique et civilisation; et la France, de son cote, n'abandonnera rien de son devoir envers l'Alsace et la Lorraine, envers elle-meme, envers le monde.
Messieurs, a Strasbourg, dans cette glorieuse Strasbourg ecrasee sous les bombes prussiennes, il y a deux statues, Gutenberg et Kleber. Eh bien, nous sentons en nous une voix qui s'eleve, et qui jure a Gutenberg de ne pas laisser etouffer la civilisation, et qui jure a Kleber de ne pas laisser etouffer la republique. (Bravo! bravo!—Applaudissements.)
Je sais bien qu'on nous dit: Subissez les consequences de la situation faite par vous. On nous dit encore: Resignez-vous, la Prusse vous prend l'Alsace et une partie de la Lorraine, mais c'est votre faute et c'est son droit; pourquoi l'avez-vous attaquee? Elle ne vous faisait rien; la France est coupable de cette guerre et la Prusse en est innocente.
La Prusse innocente!… Voila plus d'un siecle que nous assistons aux actes de la Prusse, de cette Prusse qui n'est pas coupable, dit-on, aujourd'hui. Elle a pris…. (Bruit dans quelques parties de la salle.)
M. LE PRESIDENT.—Messieurs, veuillez faire silence. Le bruit interrompt l'orateur et prolonge la discussion.
M. VICTOR HUGO.—Il est extremement difficile de parler a l'Assemblee, si elle ne veut pas laisser l'orateur achever sa pensee.
De tous cotes.—Parlez! parlez! continuez!
M. LE PRESIDENT.—Monsieur Victor Hugo, les interpellations n'ont pas la signification que vous leur attribuez.