Victor Hugo s'assied entre le mécanicien Grisel à sa droite et M.
Raynal, ministre du commerce, à sa gauche. M. Gambetta président du
Conseil, est en face d'eux.
Au dessert, Victor Hugo se lève (Acclamations) et prononce les paroles suivantes:
Il y a deux sortes de réunions publiques: les réunions politiques et les réunions sociales.
La réunion politique vit de la lutte, si utile au progrès; la réunion sociale a pour base la paix, si nécessaire aux sociétés.
La paix, c'est ici le mot de tous. Cette réunion est une réunion sociale, c'est une fête.
Le héros de cette fête se nomme Grisel. C'est un ouvrier, c'est un mécanicien. Grisel a donné toute sa vie,—cette vie qui unit le bras laborieux au cerveau intelligent,—il l'a donnée au grand travail des chemins de fer. Un jour, il dirigeait un convoi. A un point de la route, il s'arrête.—Avancez! ordonne le chef de train.—Il refuse. Ce refus c'était sa révocation, c'était la radiation de tous ses services, c'était l'effacement de sa vie entière. Il persiste. Au moment où ce refus définitif et absolu le perd, un pont sur lequel il n'a pas voulu précipiter le convoi s'écroule. Qu'a-t-il donc refusé? Il a refusé une catastrophe.
Cet acte a été superbe. Cette protection donnée par l'humble et vaillant ouvrier, n'oubliant que lui-même, à toutes les existences humaines mêlées à ce convoi, voilà ce que la République glorifie.
En honorant cet homme, elle honore les deux cent mille travailleurs des chemins de fer de France, que Grisel représente.
Maintenant, qui a fait cet homme? C'est le travail. Qui a fait cette fête? C'est la République.
Citoyens, vive la République!