Aimons-nous en Victor Hugo! et n'oublions jamais, dans nos dissentiments, hélas inévitables, que le 27 février 1883 nous avons bu tous ensemble à sa santé. A la santé de Victor Hugo!
Quand les applaudissements se sont apaisés, M. Got a soulevé à son tour les bravos dont il a l'habitude en portant le toast suivant:
Messieurs,
C'est un grand honneur pour moi d'avoir été appelé à prendre la parole dans ce banquet.
Je ne le dois qu'à mon âge et à mon rang d'ancienneté; mais, tout périlleux qu'il me semble d'élever la voix sur un tel sujet et devant une pareille assemblée, je n'ai pas voulu me soustraire à ce devoir, puisqu'il me permet de saluer, en personne, le Maître, au nom de ceux qui représentent ici le théâtre.
Un autre a pu apprécier dignement l'ensemble de son oeuvre puissante, au nom des gens de lettres, et vos applaudissements ont prouvé qu'il avait dit—et dit à merveille—notre pensée à tous.
Mais la corde dramatique n'est-elle pas, sinon la première, du moins la plus retentissante de celle lyre incomparable qui, depuis soixante années, vibre sans trêve à tous les grands souffles de la passion et de l'idéal?
Permettez-nous donc, messieurs, à nous autres comédiens, porte-voix de chaque jour et intermédiaires vivants entre le poète et la foule, de vous dire avec quelle joie pieuse nous avons senti monter par degrés l'admiration et le respect autour de ces drames immortels.
Heureux ceux d'entre nous qui ont pu s'élever à la hauteur de ses inspirations! Heureux même ceux dont sa bonté sereine a daigné encourager le dévouement et soutenir les défaillances.
Et c'est ma gratitude qui vous porte ce toast, cher et vénéré maître.