A droite, la famille et les amis. Derrière eux, les invités de la littérature et de la presse. Il faudrait citer tous les noms connus dans les lettres et dans les arts pour nommer ceux qui étaient là. A côté d'eux, les autorités militaires, un groupe tout resplendissant de broderies et de panaches, les maires de Paris, les tribunaux, les avocats.

L'élite de la France est autour du glorieux cercueil.

La musique de la garde républicaine fait entendre la marche funèbre de
Chopin. Aussitôt après les discours officiels sont prononcés.

Une petite tribune tendue de noir passementé d'argent a été dressée à la travée de droite. C'est là, au milieu de cette foule choisie, avec la formidable rumeur des sept cent mille personnes entassées dans les avenues, sous le ciel immense auquel les nuages gris faisaient à ce moment-là un voile de deuil, devant l'un des plus grands morts que la France ait jamais pleurés, que les orateurs ont pris la parole.

Le premier discours [Note: Voir les Discours aux Notes.] a été celui de M. Le Royer, président du Sénat. Il a débuté avec ampleur, se demandant, «en présence de cette foule immense, de toute une nation inclinée devant un cercueil, ce que le langage humain, dans son expression la plus haute, pourrait ajouter aux témoignages de douleur et d'admiration prodigués à ce prodigieux génie». Il a terminé par ce cri: Gloire à Victor Hugo le Grand!

Le président de la chambre des députés, Charles Floquet, s'est dit saisi, lui aussi, par «la grandeur de ce spectacle, que l'histoire enregistrera: sous la voûte toute constellée des noms légendaires de tant de héros qui firent la France libre et la voulurent glorieuse, apparaît la dépouille mortelle, je me trompe, l'image toujours sereine du grand homme qui a si longtemps chanté pour la gloire de la patrie, combattu pour sa liberté; autour de nous, les maîtres de tous les arts et de toutes les sciences, les représentants et les délégués du peuple français, les ambassadeurs volontaires de l'univers civilisé, s'inclinent pieusement devant celui qui fut un souverain de la pensée, un protecteur persévérant de toute faiblesse contre toute oppression, le défenseur en titre de l'humanité».

M. René Goblet, ministre de l'instruction publique, parlant au nom du gouvernement, a montré la grande unité de la vie et de l'oeuvre de celui qui «apparaîtra de plus en plus, dans le lointain des temps, comme le précurseur du règne de la justice et de l'humanité!»

Émile Augier a pris la parole au nom de l'académie française. Il a dit:—«Au souverain poète la France rend aujourd'hui les honneurs souverains … Ce n'est pas à des funérailles que nous assistons, c'est à un sacre.»

Au nom de la ville de Paris, M. Michelin, président du conseil municipal, a dit «quels liens indissolubles unissaient Victor Hugo à Paris», à Paris qu'il a toujours aimé, célébré, servi, et qui l'a toujours choisi pour son représentant dans les assemblées. M. Lefèvre, président du conseil général, a rappelé avec quels sentiments d'enthousiasme et de reconnaissance pour le justicier des Châtiments et de l'Année terrible le département de la Seine l'a acclamé sénateur.

Le cortège.