Elle n'est pas prodigue de ce beau surnom. Elle en fait presque l'apanage exclusif des conquérants. Il n'y avait qu'un poète couronné par elle de cette auréole: il y en aura deux désormais, et comme on dit le Grand Corneille, on dira le Grand Hugo.
Il y a dans la plus haute renommée une partie caduque dont elle se dégage par la mort.
Il semble alors qu'elle s'élance avec l'âme du mourant, secouant ainsi une sorte de dépouille mortelle, pour planer radieuse au dessus de la dispute humaine.
La renommée, ce jour-là s'appelle la Gloire, et la postérité commence. Elle a commencé pour Victor Hugo. Ce n'est pas à des funérailles que nous assistons, c'est à un sacre. On est tenté d'appliquer au poète ces beaux vers qu'il adressait à son glorieux prédécesseur sous l'arche triomphale:
Maître, en ce moment-là vous aurez pour royaume
Tous les fronts, tous les coeurs qui battront sous le ciel;
Les nations feront asseoir votre fantôme
Au trône universel.
Les nuages auront passé dans votre gloire.
Rien ne troublera plus son rayonnement pur;
Elle se posera sur toute notre histoire
Comme un dôme d'azur.
DISCOURS DE M. MICHELIN
PRÉSIDENT DU CONSEIL MUNICIPAL DE PARIS.
Au nom de la Ville de Paris, je viens devant cet Arc de Triomphe,
Monceau de pierre assis sur un monceau de gloire,