«Rabelais, Molière et Voltaire, cette trinité de la raison: Rabelais, le père; Molière, le fils; Voltaire, l'esprit; ce triple éclat de rire: gaulois au seizième siècle, romain au dix-septième, cosmopolite au dix-huitième, c'est Paris.»

Qu'il me soit permis de compléter l'énumération faite par notre grand poète, et d'ajouter son nom à ceux de Rabelais, de Molière et de Voltaire. Ce nom de Victor Hugo sera évidemment donné à notre siècle par l'histoire.

Le dix-neuvième siècle s'appellera le siècle de Victor Hugo.

Après la chute de l'empire, au lendemain du désastre de Sedan et à la veille du siège, Victor Hugo s'empresse de rentrer à Paris pour partager ses souffrances et ses dangers. Nous nous rappelons tous son arrivée le 5 septembre au soir. Quelle joie! Quel enthousiasme dans la population parisienne! Elle revoyait enfin celui qui était absent depuis dix-neuf ans!

Désormais Victor Hugo est resté parmi nous toujours prêt à défendre les droits de notre grande cité.

Devant l'Assemblée de Bordeaux, il défend Paris en ces termes: «Paris espérait votre reconnaissance et il obtient votre suspicion! Mais qu'est-ce donc qu'il vous a fait? Ce qu'il vous a fait, je vais vous le dire: Dans la défaillance universelle, il a levé la tête; quand il a vu que la France n'avait plus de soldats, Paris s'est transfiguré en armée; il a espéré quand tout désespérait; après Phalsbourg tombée, après Toul tombée, après Strasbourg tombée, après Metz tombée, Paris est resté debout. Un million de vandales ne l'a pas étonné. Paris s'est dévoué pour tous, il a été la ville superbe du sacrifice. Voici ce qu'il vous a fait. Il a plus que sauvé la vie à la France, il lui a sauvé l'honneur.»

Voilà comment Victor Hugo parlait de Paris. Vous voyez que j'ai raison de dire que le lien entre notre grand citoyen et Paris est indissoluble. Mon affirmation est confirmée par la population parisienne, qui se presse pour assister à ses magnifiques funérailles.

En rappelant ici les services considérables rendus à Paris par Victor Hugo, j'honore sa mémoire et je lui apporte la reconnaissance et la gratitude de notre grande cité.

Après les événements terribles de mai 1871, Victor Hugo est le premier à parler de concorde et d'apaisement et à réclamer l'amnistie. A Bruxelles, il offre un asile aux Parisiens vaincus, obligés de s'expatrier pour échapper aux rigueurs des conseils de guerre.

Il conseille la clémence alors que la répression et la vengeance sont à l'ordre du jour.