Cette délivrance ou cette catastrophe dépendent du sénat.
Messieurs, le sénat va aujourd'hui faire sa preuve. Le sénat aujourd'hui peut être fondé par le sénat. (Bruit à droite.—Approbation à droite.)
L'occasion est unique, vous ne la laisserez pas échapper.
Quelques publicistes doutent que le sénat soit utile; montrez que le sénat est nécessaire.
La France est en péril, venez au secours de la France. (Bravos a gauche.)
Messieurs, le passé donne quelquefois des renseignements. De certains crimes, que l'histoire n'oublie pas, ont des reflets sinistres, et l'on dirait qu'ils éclairent confusément les événements possibles.
Ces crimes sont derrière nous, et par moments nous croyons les revoir devant nous.
Il y a parmi vous, messieurs, des hommes qui se souviennent.
Quelquefois se souvenir, c'est prévoir. (Applaudissements à gauche.)
Ces hommes ont vu, il y a vingt-six ans, ce phénomène:
Une grande nation qui ne demande que la paix, une nation qui sait ce qu'elle veut, qui sait d'où elle vient et qui a droit de savoir où elle va, une nation qui ne ment pas, qui ne cache rien, qui n'élude rien, qui ne sous-entend rien, et qui marche dans la voie du progrès droit devant elle et à visage découvert, la France, qui a donné à l'Europe quatre illustres siècles de philosophie et de civilisation, qui a proclamé par Voltaire la liberté religieuse (Protestations à droite, vive approbation à gauche) et par Mirabeau la liberté politique; la France qui travaille, qui enseigne, qui fraternise, qui a un but, le bien et qui le dit, qui a un moyen, le juste, et qui le déclare, et, derrière cet immense pays en pleine activité, en pleine bonne volonté, en pleine lumière, un gouvernement masqué. (Applaudissements prolongés à gauche. Réclamations à droite.)